Raymond Kopa


Artois, Football, mineurs / dimanche, octobre 13th, 2019

Hiver 1918. Notre Artois est une terre meurtrie. Le sol est jonché de débris, il n’y a plus rien qui tient debout. Toutes les maisons sont détruites, les champs sont retournés par les obus et seules quelques âmes errent ici et là au milieu des ruines. Dans le bassin minier, les mines sont dévastées, les puits inondés et les corons n’existent même plus. Après le désastre et la désolation, vient le temps de rebâtir. D’Arras à Lens, de Bapaume à St-Omer, toute l’Artois est touchée, mais les bras manquent alors la France signe un accord avec la Pologne pour une arrivée massive de travailleurs polonais. C’est ici que commence le fabuleux destin de Raymond Kopa. Bonne balade !

1919 et l’arrivée des Polonais

Suivez-moi, allons voir ce qu’il se passe à la gare de Nœux-les-Mines. Nous sommes en 1919 et un convoi de Polonais débarquent sur les quais. Parmi eux, un couple et leurs 4 enfants se sentent un peu perdus, surtout le François, 13 ans. Son destin est tout tracé : fils de mineur, il sera aussi mineur. 

Plusieurs années passent et François a bientôt 18 ans. Un dimanche au bal de Mazingarbe, au son de l’accordéon, il invite Hélène à danse. En 1927, le mariage est célébré et un an plus tard, le petit Henri vient au monde. 

Allons faire un tour en 1931 maintenant au 5 rue du Chemin-Perdu. Dans les corons noircis par la poussière, François rentre de la mine. En entrant, il a la bonne surprise de découvrir qu’il a un nouveau fils… Bienvenue Raymond !

Le petit Raymond a 6 ans maintenant et il aime le foot. Le terrain juste derrière la maison des Kopaszewski y est pour grand chose. À la mi-temps des matches des grands, ils occupent un bout de terrain avec ses copains. Il dribble, il marque : c’est là que véritablement que commence à émerger le petit Kopa. Un diminutif qui fera de lui l’un des meilleurs joueurs de football de sa génération. 

L’équipe du Chemin-perdu écrase tout.

À huit ans, avec les copains, ils forment une équipe majoritairement polonaise. Dans la rue ou sur un terrain vague, la petite équipe du chemin-perdu règne en maître dans les corons, mais à l’époque, pas de ballons. Un chiffon ou une conserve font largement l’affaire. Ils se sont bâti une solide réputation et toutes les équipes des environs ne résistent pas aux dribbles et aux accélérations du petit Kopa. 

Les dirigeants de l’US Nœux-les-Mines entendent dire qu’une équipe est en train d’écraser tout sur son passage et qu’un petit bonhomme est un véritable meneur. Ils viennent assister à un match de rue et encore une fois le petit Kopa fait une forte impression. Il accélère, il déstabilise les défenseurs et dirige son équipe d’une poigne de fer. C’est décidé, le petit Kopa intègre à 11 ans l’US Noeux-les-Mines.

Il enchaîne les matches, se construit une solide réputation et donne tout sur le terrain et progresse rapidement. Les saisons passent et avec le Certificat d’études bientôt en poche, le spectre de la mine tellement redoutée. Il le sait… Petit-fils de mineur, fils de mineur, il n’a pas le choix, son destin est tracé. Cependant, son père lui laisse le choix du métier qu’il souhaite exercer. Électricien ? Menuisier ? Peu importe pourvu qu’il ne descende pas. 

Toutefois, c’est toujours la même réponse lorsqu’il donne son nom, il n’y a rien. Il comprend qu’il va être obligé d’y aller. Il devient galibot à la fosse 2 de Noeux-les-Mines et travaille de 5 h à 13 h pour que l’après-midi, il puisse s’entraîner. C’est Mr Lombard, directeur du club et ingénieur qui est intervenu pour lui obtenir cette faveur. Il place de grands espoirs en Raymond. 

« Toi, si tu travailles, si tu restes sérieux, tu iras loin. Peut-être qu’un jour, tu deviendras célèbre ! »

Un jour, une fissure apparaît sur une voûte et le temps qu’il s’en rende compte, un éboulement se produit. Un rocher lui tombe sur la main et lui écrase l’index gauche. Il se fait secourir par les collègues et est remonté à la surface pour se faire soigner. Malheureusement, le médecin ne peut pas éviter l’amputation et lui coupe les deux dernières phalanges de son index. 

Comble de cette histoire, sa mère le supplie d’arrêter le foot qu’elle juge trop dangereux. Elle a peur qu’il se fasse casser les jambes… 

1947 : un nouvel entraîneur arrive au club : Mr Batmale. Il retravaille avec lui toutes ses gammes, revoit avec lui ses placements, mais il ne faut pas grand chose pour qu’un jour, arrive au bureau des dirigeants du club, une convocation pour la sélection des cadets du Nord. Même si la sélection perd 6-3 contre celle de la Lorraine, il marque deux buts et se fait remarquer.

La saison suivante, un nouvel entraîneur arrive : Constant Tison, ancien joueur professionnel de Valenciennes. Dès les premières séances d’entraînement, il prend conscience que Raymond est un jour à part : « Kopa, c’est un joueur né, un joueur d’instinct (…) il possède déjà une maîtrise de balle, un sens et une intelligence de jeu ». A la sortie d’un entraînement il lui aurait dit : « Toi, si tu travailles, si tu restes sérieux, tu iras loin. Peut-être qu’un jour, tu deviendras célèbre ! ». 

Raymond Kopaszewski devient Kopa

1948 : c’est le premier gros match de la carrière de Raymond. Nous sommes à Béthune et l’US Nœux-les-Mines défie Auchel. L’équipe n’est pas favorite et le score à la mi-temps le confirme, Auchel gagne 3-0.

Kopa prend alors son rôle de meneur et gonfle son équipe à bloc. C’est une toute autre équipe qui revient sur le terrain. Rapidement, Raymond marque un but. Il est partout, à droite, à gauche, sur les corners, il est partout quand soudain… buuuut ! 3-2 !!! Incroyable scénario. Il ne reste que quelques minutes à jouer. Auchel fait bloc et tente de tenir le score mais Raymond est intenable. 

Il déborde, dribble un joueur puis deux et un troisième. Il est dans la surface quand il prépare son tir, mais un défenseur arrive de nul part et le tacle. Penalty !!! Raymond décide de se faire justice soi-même. Il le sait, s’il le marque, il devient un héros. Kopa retient son souffle, fixe le gardien et attend le coup de sifflet de l’arbitre. Il prend son élan… Feinte sur la droite et tir sur la gauche sans regarder le ballon. Buuuuuttt !!! 

Héros du match

La foule applaudit, son père crie de joie. Il est heureux ! Nœux-les-Mines gagne le match grâce au corner. Il est porté en héros par tous ses coéquipiers… Il vient de réaliser un exploit. On parle de lui dans les journaux et à même pas 17 ans, il devient un titulaire en équipe première. Une véritable consécration ! Les supporters sont furieux. Beaucoup pensent que c’est de la folie de faire jouer un garçon si jeune. Peu importe, l’entraîneur reste sur sa position.

Le premier match en équipe première est un déplacement à Tourcoing. Il se bat sur chaque ballon et à force de tenter, il marque le but de la victoire ! Une semaine plus tard, il joue à la maison, il ne marque pas, mais fait un très bon match qui fait taire tous les sceptiques. C’est à partir de là que Raymond Kopaszewski devient Kopa. Le public scande son nom à chaque corner, chaque coup franc. Il est définitivement adopté.

C’est une belle période pour Kopa. Il touche même sa première prime lors d’un match à Boulogne. Nœux-les-Mines gagne 0-4 lorsque le speaker annonce qu’un supporter offrira un chèque de 1000 Frs pour celui qui marquera la 5ème but… Kopa récupère la balle, dribble un joueur, un deuxième, feinte et marque le 5e but. Le score final sera de 0-6 et Kopa récupère son chèque de 1000 frs. Il décide de partager la somme avec tous les joueurs, mais ils déclinent la proposition : « Ce but, tu ne le dois qu’à toi-même, garde cet argent ». En rentrant le soir, il donne le chèque à sa mère.

Le concours qui fallait faire 

Son entraîneur insiste pour qu’il participe au concours du jeune footballeur. Kopa n’aime pas les concours mais sous l’insistance des dirigeants, il finit par participer. Il le remporte haut la main et décroche sa place pour le tour suivant à Lille. Il le gagne encore et se qualifie pour la grande finale à Paris. 

Le jour venu, il est tétanisé. C’est la première fois qu’il ressent le trac à ce point-là. Si bien qu’il rate totalement la première partie et se place 11e. Suffisant pour se qualifier pour la suite du concours. Il aborde cette deuxième partie plus sereinement et réussit absolument tous les exercices : parcours, reprises de volée, corners, etc. Arrivent les penaltys. S’il marque les 4 penaltys, il gagne le concours. 1er tir, OK. 2è OK. 3è facile aussi. 4è… 

Trop sur de lui, il prend des risques et il rate son penalty. Il manque la victoire à 0,75 points. Il es très déçu, mais reçoit beaucoup de marques de sympathie et énormément d’éloges. Dont Gabriel Hanot qui écrit : « À mon avis, la vraie vedette, le vrai vainqueur de ce concours est un jeune footballeur inconnu nommé Raymond Kopaszewski (…) belle jeunesse, audacieuse et généreuse. ». Tout est dit… Kopa est en train de se faire un nom. 

Kopa rentre à Noeux-les-Mines comme un héros. Fêté de tout le monde, il est accueilli avec des fleurs et la bière coule à flots. Toutefois, le lendemain, il faut reprendre le chemin de la fosse 2 où 8 heures par jour, il pousse les berlines. 

Les premiers doutes puis…

Ses copains de foot reçoivent des propositions des clubs de la région. Lens, Lille, Valenciennes ou Roubaix. Mais les clubs de la région l’ignorent totalement. Cela à cause de ses 169 cm. Même s’il est heureux à Nœux-les-Mines, il aimerait bien avoir des propositions. Il commence à douter sur son potentiel. Finalement, il est bien aussi à Nœux-les-Mines. Il a sa famille, ses copains, ses habitudes…

Rien ne vient jusqu’au jour où un dirigeant de Reims vient voir le président du club. Il me veut absolument, mais son président veut le garder encore un peu. Il souhaite le garder encore deux ans au moins. Un autre jour, c’est le directeur d’Angers qui vient le voir directement et lui propose de venir jouer dans son club. Kopa a envie, mais a donné sa parole aux dirigeants de Nœux-les-Mines de ne signer nulle part qu’à Reims. Il ne sait pas quoi faire. Tiraillé entre tenir ses engagements et de rater une bonne occasion, il décide de rester prudent et de faire confiance à son club et refuse la proposition du SCO d’Angers.

Les semaines passent, mais toujours rien du côté des dirigeants et il prend ça comme un signe lorsqu’Angers revient à la charge. C’est décidé, il ira à Angers. S’en suit alors de grosse tête tensions avec les dirigeants de Nœux-les-Mines qui insiste auprès de ses parents pour qu’il reste, mais Kopa est sûr de lui : il veut aller à Angers. 

François, le père de Kopa, n’est pas réticent, mais préfère anticiper l’avenir. Il donne son accord si Angers est prêt à payer 100 000 Francs pour assurer l’avenir de son fils et de sa famille si les rêves de son fils venaient à ne pas voir le jour. Le président d’Angers est d’accord et pendant un déjeuner improvisé chez son entraîneur, Kopa signe son premier contrat pour 100 000 Francs et un salaire de 11 000 Francs par mois. 

Kopa prend son envol

C’est pendant ce déjeuner que le destin de kopa s’est mis en marche. S’en suit alors un palmarès hors norme en remportant entre autres, le championnat de France en 1953, 1955, 1960 et 1962 avec Reims. La Coupe d’Europe des Clubs en 1957, 1958 et 1959 avec le Real Madrid. Il est aussi le meilleur joueur de la coupe du Monde 1958 avec les bleus et devient la même année, le premier Ballon d’or français, Kopa est l’un des plus grands sportifs des années 1950.


Il aura marqué 120 buts dans une carrière exceptionnelle. Mais c’est aussi en dehors des terrains qu’il a su se mettre en avant. Avec son coéquipier et ami Just Fontaine, il se bat contre les instances du football afin de mettre en place les contrats-à-temps pour les joueurs car jusqu’à la fin des années 1960, les joueurs sont la propriété des clubs à vie. Kopa a fort caractère et un jour, il dit à un journaliste : « Les footballeurs sont des esclaves (…) Aujourd’hui, en plein 20è siècle, le footballeur professionnel est le seul homme à pouvoir être vendu et acheté sans qu’on lui demande son avis ». Il est suspendu 6 mois par la Ligue. Mais devant tant d’abnégation et sous la pression d’autres joueurs, le contrat-à-temps rentre en vigueur à la fin des années 60.


Raymond Kopaszewski décède le 3 mars 2017 à l’âge de 85 ans suite à une longue maladie. Ses obsèques ont lieu à la cathédrale Saint-Maurice d’Angers en présence d’un millier de personnes dont son ancien coéquipier Just Fontaine ou encore le président du Real Madrid Florentino Perez.

C’est ici que se termine notre balade. À très vite pour une nouvelle histoire et bon anniversaire Mr Kopa !

Raymond kopa

Enfin, pour en connaître un peu plus sur la vie de Raymond Kopa, voici une vidéo où il parle notamment de sa vie de footballeur ou encore de la perte de son fils. On y découvre un homme simple, attachant, émouvant et d’une d’une grande gentillesse. 


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