Les Polonais ont marqué à jamais notre patrimoine, notre histoire, et nos traditions. La majorité d’entre nous a – de près ou de loin – un Polonais dans son entourage. Je vais tenter de vous raconter un bout de vie de ces Polonais à Bruay-en-Artois qui un jour, ont traversé une partie de l’Europe d’après-guerre pour trouver une vie meilleure en France. Dobra Jazda !

Tout commence après l’armistice de 1918. Le gouvernement ne veut pas perdre de temps : la France doit redevenir la puissance qu’elle était avant la guerre. Seulement, la guerre a tué plus d’un million et demi de personnes et la main d’œuvre est rare.

C’est alors que le 3 septembre 1919 à Varsovie, la France et la Pologne signent un accord qui permet aux Polonais de venir travailler en France. Et c’est le 14 décembre 1919 qu’a lieu le premier convoi des Polonais vers la France.

De Poznan à notre bassin minier

Pour commencer, toute entreprise qui a besoin de travailleurs doit en faire la demande à la SNIAI (Société Nationale d’Immigration Agricole et Industrielle). Cette société transmet les demandes à leurs agences basées à Varsovie ou Poznan. Ces agences traitent directement avec les ouvriers et leur font signer un contrat. L’inconvénient ici, c’est que mêmes mariés, les travailleurs voyagent en général sans leur famille. Ils seront réunis une fois le mari, bien acclimaté à la France.

C’est en train que le voyage s’effectue et c’est à Toul qu’ils arrivent. Direction les bâtiments de contrôle du ministère du Travail. Le séjour y est très court : le temps d’appliquer les prescriptions d’hygiènes et de faire les vaccins. Ensuite, direction leur lieu de travail. Quelques-uns vont à Metz ou Hayange, d’autres dans les régions agricoles de Normandie ou du Sud-Ouest, mais le plus grand nombre d’entre eux prennent tous la direction du bassin Minier du Nord et du Pas-de-Calais.

En 1925, on compte 50 000 mineurs polonais sur les 60 000 en France. Avec leur famille, qui viendra les rejoindre plus tard, cela peut représenter près de 250 000 Polonais ! Souvent, les mineurs polonais qui peuplent les corons de Lens, de Courrières ou ceux de Bruay-en-Artois, viennent de Westphalie, les mines de charbon de la Ruhr allemande.

Bruay-la-Polonaise

Partons en 1925 nous promener dans les rues de Bruay-en-Artois qui ne s’appelle pas encore Bruay-la-Buissière. La cité a bien changé depuis l’armistice: les corons sont reconstruits, les carreaux de mines sont réparés, les chevalements tournent à plein régime et notre bon vieux patois est absorbé par le « Polak ». Dans les rues, les corons français historiques sont toujours là, mais les corons polonais prennent de plus en plus d’ampleur. Vers Houdain, la cité 32 est presque transformée en un petit village polonais.

Les enseignes de magasins sont presque toutes en polonais. Ici, à Bruay-en-Artois, on compte entre 16 et 18 000 sur les 40 000  habitants de la ville. Autant dire qu’il est normal que toute la ville ait connu ces bouleversements sociaux, religieux, culturels, mais aussi gastronomiques. On dénombre 10 épiciers-bouchers, 6 ou 7 tailleurs, 5 cafetiers, 20 coiffeurs ou encore 20 cordonniers.

Inutile de vous dire que cet afflux de commerçants étrangers a créé quelques tensions au sein de la cité. Pour se défendre un peu, les commerçants français ont engagé les filles d’ouvriers polonais. Ainsi, ils ont demandé de traduire certaines affiches pour attirer les Polonais chez eux : « Grand choix de vélos et de machines à coudre (Facilités de paiement) » devient « Wielki wybor rowzeow i maszyn do szycia (ulatwienie w oplacaniu) ». Les épiciers français se sont mis à vendre des produits polonais comme la kasza, la farine de blé noir par exemple.

Les Polonais et la religion

D’après la convention signée entre la France et la Pologne en 1919, la France s’est engagée à construire des lieux de culte pour les Polonais. Et à raison, car le lieu qui attire le plus de Polonais, c’est justement l‘église. Bruay-en-Artois n’est pas seulement la ville où il y a le plus de polonais, mais c’est aussi une place forte de leur organisation religieuse. Ils sont de très bons pratiquants. Si bien depuis 1921, il existe la mission polonaise en France qui est en charge de veiller sur les intérêts spirituels de la Pologne.

Au total, 36 prêtres circulent dans tout le pays partout où il y a une communauté polonaise. Dans le Nord-Pas-de-Calais, ils sont 15 à visiter les villes et villages de notre région. En attendant la construction d’une chapelle polonaise à Bruay-en-Artois (la chapelle du Sacré-Cœur en 1930), ainsi que deux autres chapelles à la cité n° 5 et à la cité n° 30, plus une autre église à Houdain, c’est la chapelle Sainte-Barbe qui sert de lieu de culte à la Mission catholique polonaise œuvrant dans la région.

Tous les jours, Mgr Helenowski est sur la route avec sa motocyclette. Il est très écouté et garde un œil très avisé sur la vie de ses concitoyens. Tous les dimanches après-midi, il trouve le temps d’assister aux réunions publiques. Il surveille aussi de très près les commerces et si un marchand polonais a le malheur d’augmenter ses tarifs et s’obstine malgré ses avertissements, il n’hésite pas à conseiller vivement d’aller chez le marchand français… Autant dire qu’il est vivement écouté.

Le jour du marché à Bruay-en-Artois

Comme vous le savez probablement, le temps de travail des mineurs est réparti en 3 x 8 heures. De ce fait, la population est répartie ainsi : ceux qui travaillent, ceux qui dorment et ceux qui se promènent. Le jour du marché, ce n’est pas moins de 13 000 personnes qui viennent faire leurs provisions.

Voilà pourquoi ce jour-là, Bruay-en-Artois a des airs d’une grande ville : les rues sont bondées, les commerces sont pleins à craquer, ça parle d’un côté et ça rit aux éclats de l’autre. Il faut se frayer un passage entre les enfants qui jouent et la multitude d’étalages qui déborde sur les trottoirs entre les pantoufles, chaussures, peignoirs, poêles, marmottes ou autres casseroles. La rue ne suffit plus si bien que beaucoup de colporteurs se donnent rendez-vous sur un terre-plein situé un peu plus bas dans la ville.

Ce jour-là, c’est véritablement une ville cosmopolite : polonais, Belges, Serbes, Tchécoslovaques, Westphaliens se mélangent donc aux Artésiens. Globalement, la cohabitation se passe bien. Il y a bien eu quelques incidents parfois, mais à lire les journalistes d’époque : « Tout ira bien si le travail ne manque pas. On veut bien accepter chez soi des étrangers (…), mais on n’admet pas qu’ils viennent vous retirer le pain de la bouche ».

La boxe à Bruay-en-Artois

« Noir pays du Nord, Boxeurs rudes et sympathiques, qui ignore l’art de plaire, on repart de chez vous en vous aimant davantage parce qu’on vous connaît mieux. »
Robert Bré
Journaliste parisien

La musique à Bruay-en-Artois

Le Bassin Minier a vu naître un grand nombre de boxeurs. Réputés pour être durs et courageux. En 1924, M. Alfred Elby, directeur général des Mines de Bruay fonde le C.A. Bruaysien : le Club Athlétique Bruaysien et c’est l’ancienne Lampisterie qui fait office de salle d’entraînement.

Ici, les boxeurs s’entraînent sérieusement. Il faut dire que le club a mis en place un système de primes qui récompensent les boxeurs les plus assidus et les plus ponctuels. Et cela fonctionne : le C.A.B. compte dans ses rangs plusieurs très très bons boxeurs et naturellement, parmi eux des Polonais. Il y en a un qui monte, c’est Warzeka. Un très bon boxeur, rapide et qui compte – du haut de ses 17 ans – de nombreuses et prestigieuses victoires. Mais le C.A.B peut aussi compter sur Krystoforski et surtout les frères Jablonsky,

Et pourtant, ce n’était pas si facile d’être mineur et boxeur. Il fallait faire ses 8 h au fond à forer le charbon au marteau pneumatique et finir sa journée pour enchaîner les coups et les uppercuts dans des sacs de sable. Il n’est pas certain que les grands boxeurs du moment puissent tenir le coup.

C’est dans ces conditions difficiles que s’entraînent nos boxeurs. Ils ont parfois les bras lourds, les jambes pesantes, mais ils ont une motivation à toute épreuve. Ce qui en fait de redoutables boxeurs.

Les Polonais sont aussi musiciens. Il n’y a qu’à entendre les notes de tuba, de trompettes, ou des grosses caisses qui résonnent dans les corons. La musique fait partie intégrante du patrimoine des Polonais. C’est dans leurs gênes et ils ont eu la bonne idée de les emmener chez nous. Tout est prétexte à sortir un instrument : un anniversaire, un baptême, une naissance, peu importe, ils aiment la musique. Si bien qu’une multitude d’harmonies se créer dans le bassin minier et l’Artois afin de faire perdurer la tradition aux sons des « wiwat wesele » ou de polka endiablés.

On ne peut pas nier que l’immigration polonaise a énormément influencé nos traditions, la cuisine, le sport ou encore l’art. Les Artésiens et les Polonais ont beaucoup de choses en commun : des gens forts, courageux, durs à l’ouvrage, humbles et ce sont toutes ces qualités qui font que ce mélange de culture, même cent ans plus tard, témoigne de l’importance qu’a eu ce fameux accord de 1919.

Preuve que les traditions perdurent, au restaurant Comme Chez Babcia à Lens, on peut assister à des représentations de musiciens typiquement polonais pendant les repas. Une belle expérience dans la petite Pologne au coeur du bassin minier: à Lens. Des plats 100% Polonais élaborés sur place par des cuisinières Polonaises.

Dziękujemy i do zobaczenia wkrótce na nowej przejażdżce!

À très bientôt pour une nouvelle balade !

Sources

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