Chaque le 11 novembre, la France commémore l’armistice de la Première Guerre mondiale. Alors on pense à tous ces poilus qui ont sacrifié leur vie pour que notre pays soit libre. On pense également aux artisans, aux ouvriers, aux employés, aux artistes, mais aussi aux paysans qui ont répondu à la mobilisation générale. On doit aussi penser aussi à toutes ces familles séparées, ces futures veuves, ces orphelins et ces mères qui un jour d’août 1914 ont vu leur vie bouleversée à jamais. L’Artois est l’un des fronts les plus durement touchés par cette guerre. Trois grandes batailles s’y sont déroulées. C’est l’histoire de cet Artois à jamais meurtri que j’aimerais vous partager aujourd’hui.

Le Tocsin sonne la mobilisation générale

Nous sommes le samedi 1er août 1914, il est 16 heures. En Artois, le temps des moissons est venu. La chaleur assomme les paysans qui s’affairent dans les champs quand soudain, le tocsin résonne partout dans l’Artois. Tout le monde la redoutait, mais elle est arrivée : c’est la guerre ! Il sonne l’ordre de la mobilisation générale.

Les paysans finissent leur travail dans les champs rapidement et se rendent alors en mairie pour connaître les ordres. Le soir même, les familles se réunissent pour passer un bon moment en famille en pensant revenir rapidement. Parfois festif, insouciant, mais souvent triste, le départ de tous les hommes en état de se battre donne lieu à des scènes surréalistes. Entre peur, résignation et détermination, on chante « À Berlin ! Mort aux boches » ou encore la Marseillaise. Les paysans, qui compteront pour la moitié des mobilisés laissent alors femmes et enfants seuls à la ferme et devront s’occuper des champs et des animaux… certainement pour toujours.

La guerre fait rage depuis plusieurs mois maintenant. Les Allemands ont été les premiers à se positionner aux meilleurs endroits stratégiques, de préférence en hauteur : la colline de Notre-Dame-de-Lorette, le Mont-Saint-Eloi ou encore la crête de Vimy. La tactique de l’Armée française est simple : il faut absolument reprendre les villages aux Allemands pour améliorer leur position. Une grosse opération est en projet et ces deux lieux seront fort utiles pour faciliter l’accès à la fois sur Arras et sur Lens.

Les premières offensives allemandes

Le 3 mars 1915 : les Allemands attaquent les premiers dans cette bataille de l’Artois et c’est littéralement un bain de sang : la puissance allemande fait rage. Au bout de 2h de combat, entre explosions dans les tranchées et des corps-à-corps sanglants, les Français sont obligés de reculer. Les Allemands viennent d’avancer de 600 m. Sur 3 jours, les Allemands avancent de presque 1 km, mais les Français tiennent bon. De par leur courage et de leur abnégation, ils avancent inexorablement vers la mort, mais avec courage et récupèrent pratiquement tout le terrain cédé aux Allemands. Néanmoins, 3300 hommes ont été tués pour un statu quo qui ne décourage pas le commandement français.

Le 15 mars, ordre est donné de conquérir le Grand Éperon (les sommets du versant sud de la colline de Lorette). Les Allemands, pris par surprise, n’arrivent pas à contenir la hargne de l’Armée française. C’est un succès qui tombe à pic et qui redonne de la confiance aux poilus. Malgré quelques contre-attaques allemandes, les jours suivants, les Français tiennent leur position. 

La bataille de l’Artois est lancée

 9 mai 1915 : la bataille de l’Artois est lancée. L’objectif ? Atteindre Douai et filer jusqu’à la frontière belge pour encercler l’ennemi. Mais pour cela, il faut conquérir Lorette et Vimy. Pour que cela soit possible, cinq corps d’armée sont engagés.

10 heures : nos poilus s’avancent sur un front de 20 km. Ça va barder… Les Zouaves de la division marocaine franchissent les lignes allemandes avec brio et courage. Tellement bien que le haut commandement français, surpris de cette réussite, ne disposait pas de moyens techniques et humains pour profiter de cette occasion.

C’est sans surprise que les Allemands reprennent leur position et que les Marocains sont obligé d’abandonner la leur. C’est vraiment dommage, ils y étaient presque… Toutefois, le commandement français est décidé à ne pas perdre le peu de position gagné et ils mettent tout en œuvre pour garder la route de Souchez à Carency. C’est un petit succès, mais l’occasion était vraiment trop belle… Dommage.

Les conditions sont rudes. Beaucoup d’hommes sont tués ou disparus, le nombre de blessés augmente de jour en jour. Il fait chaud, l’eau manque et les soldats sont obligés de boire leur urine. Mais la bataille de l’Artois continue… Au bout de deux semaines de combats sanglants, les Allemands sont chassés hors du plateau de notre Dame-de-Lorette. Ça ne s’arrêtera donc jamais…

Le coup de génie des zouaves

Le 25 mai 1915, une nouvelle offensive est lancée. Au terme de plusieurs jours de combat, aucune avancée significative pour les Français, cependant Ablain-Saint-Nazaire est repris le 28 mai. 

Le 16 juin 1915, une nouvelle offensive française est amorcée et le même scénario se reproduit. Incroyable ! Les zouaves de la Division marocaine parviennent encore jusqu’à la crête de Vimy. Toutefois, les autres unités n’ont pas pu suivre et ils se retrouvent donc esseulés. Très vite, le Maréchal Foch ordonne l’arrêt définitif de cette opération qui aura duré quarante jours. Quarante jours de combats sanglants, d’une violence inouïe dans des conditions atroces. Quarante jours où 102 500 hommes seront tués. 

Le résultat est sans appel : aucune victoire importante, une partie du plateau de Lorette où 4 villages ont été libéré, un peu plus de 7000 prisonniers et du matériel. Mais on pense aux 102 500 hommes massacrés pour si peu qui laisseront veuves, orphelins et mères à jamais éplorés. 

Deuxièmes offensives de la bataille de l’Artois

En septembre 1915, une offensive est lancée avec l’appui des Anglais, situés plus au nord vers Loos-en-Gohelle. Pour la première fois dans cette guerre, les Anglais utilisent du gaz de combat. Une première mitigée qui n’est pas décisive, mais d’une grande aide. Les premières lignes allemandes sont percées.
Les Anglais avancent et pour se donner du courage, lancent un ballon de football dans le camp ennemi. Ils veulent le récupérer et foncent sur les Allemands. Ils atteignent Loos-en-Gohelle en perdant tout de même plus de 5 000 hommes. L’armée française peine à avancer, mais le 26 septembre, Souchez est reprise.

Cependant, la fatigue et l’incessante violence des combats commencent à peser sur nos poilus. Plus de 35 000 hommes sont tués et Foch, interrompt une nouvelle fois l’opération pour que les hommes puissent se reposer.

Le 11 novembre 1915, les combats reprennent, mais sans grand succès. En une semaine de combats, 12 000 hommes sont tués… Foch suspend définitivement cette opération. Pour beaucoup, ces batailles de l’Artois furent les pires menées par le Maréchal Foch qui commit erreurs tactiques et erreurs de jugement.

Au total, près de 580 000 hommes, toutes nationalités confondues sont morts ici en Artois et sur les fronts du nord de la France. L’Anneau de la Mémoire situé sur le Chemin du mont de Lorette à Ablain-Saint-Nazaire leur rend hommage en ayant leurs noms gravés sur les plaques de ce mémorial.

Photos de la bataille de l’Artois

Comme une photo vaut 1000 mots, voici plusieurs photos pour se rendre compte de ce que l’Artois était à cette époque :

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Sources

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