Les batailles de l’Artois


Artois, Guerre 14/18, Lorette / dimanche, novembre 11th, 2018

Aujourd’hui, en Artois comme partout en France, on commémore la fin de la Grande Guerre. On pense à tous ces poilus qui ont sacrifié leur vie pour que notre pays soit libre. On pense également aux artisans, aux ouvriers, aux employés, aux artistes mais aussi aux paysans qui ont répondu à la mobilisation générale. Mais il faut penser aussi à toutes ces familles séparées, ces futures veuves, ces orphelins et ces mères qui, un jour d’Août 1914 ont vus leur vie bouleversée à jamais. L’Artois est l’un des fronts les plus durement touché par cette guerre. Trois grandes batailles s’y sont déroulées et je vous raconte ici essentiellement la première de mai 1915.

Cette balade au cœur de cet Artois à jamais meurtri sera un hommage. Mon hommage en l’honneur de toute cette génération sacrifiée mort pour la liberté, la paix et la Patrie.

Et le Tocsin sonne…

Samedi 1er août 1914 à 16 h : en Artois, le temps des moissons est venu. La chaleur assomme les paysans qui s’affairent dans les champs quand soudain le tocsin résonne dans toutes les villes et villages. Tout le monde la redoutait, mais elle est arrivée : c’est la guerre ! Le tocsin sonne l’ordre de mobilisation générale. Les paysans finissent leur travail dans les champs rapidement et se rendent alors en mairie pour connaître les ordres. Le soir même les familles se réunissent pour passer un bon moment en famille en pensant revenir rapidement. Parfois festive, insouciante mais souvent triste, le départ de tous les hommes en état de se battre donne lieu à des scènes surréaliste. Entre peur, résignation et détermination, on chante « À Berlin ! Mort aux boches » ou encore la Marseillaise. Les paysans qui compteront pour la moitié des mobilisés laissent alors femmes et enfants seuls à la ferme et devront s’occuper des champs et des animaux… certainement pour toujours.

La guerre fait rage depuis plusieurs mois maintenant. Les Allemands ont été les premiers à se positionner aux meilleurs endroits stratégiques, de préférence en hauteur : la colline de Notre-Dame-de-Lorette ou encore la crête de Vimy. La tactique de l’Armée Française est simple : il faut absolument reprendre quelques villages aux Allemands pour améliorer leur position. Une grosse opération est en projet et ces deux lieux seront fort utile pour faciliter l’accès à la fois sur Arras et sur Lens

Les premières offensives allemandes

Le 3 mars 1915 : les allemands attaquent les premiers et c’est littéralement un bain de sang : la puissance allemande fait rage. Au bout de 2h de combat, entre explosions dans les tranchées et des corps-à-corps sanglants, les Français sont obligés de reculer. Les Allemands viennent d’avancer de 600 m. Sur 3 jours, les Allemands avancent de presque 1 km, mais les Français tiennent bon. De par leur courage et de leur abnégation, ils avancent inexorablement vers la mort, mais avec courage et récupèrent pratiquement tout le terrain cédé aux Allemands. Mais 3300 hommes ont été tués pour un statu-quo qui ne décourage pas le commandement français.

Le 15 mars, ordre est donné de conquérir le Grand Eperon (les sommets du versant sud de la colline de Lorette). Les Allemands, pris par surprise, n’arrivent pas à contenir la hargne de l’Armée Française. C’est un succès qui tombe à pic et qui redonne de la confiance aux poilus. Malgré quelques contre-attaques allemandes, les jours suivants, les Français tiennent leur position. 

La bataille d’Artois est lancée

9 mai 1915 : la bataille d’Artois est lancé. L’objectif ? Atteindre Douai et filer jusqu’à la frontière Belge pour encercler l’ennemi. Mais pour ça, il faut conquérir Lorette et Vimy. Pour que cela soit possible, cinq corps d’armée sont engagés. 10h, nos poilus s’avance sur un front de 20 km. Ca va barder… Les Zouaves de la division marocaine franchissent les lignes allemandes avec brio et courage. Tellement bien que le haut commandement français, surpris de cette réussite, ne disposait pas de moyens techniques et humains pour profiter de cette occasion.

Division Marocaine en attente près de Notre-Dame-de-Lorette (@Bnf)
Division Marocaine en attente près de Notre-Dame-de-Lorette (@Bnf)

Et c’est sans surprise que les Allemands reprennent leur position et que les Marocains sont obligé d’abandonner la leur. C’est vraiment dommage, ils y étaient presque… Toutefois, le commandement français est décidé à ne pas perdre le peu de position gagné et ils mettent tout en œuvre pour garder la route de Souchez à Carency. C’est un petit succès, mais l’occasion était vraiment trop belle… Dommage.

Eclatement d'un obus près de Notre-Dame-de-Lorette (@BnF)
Eclatement d’un obus près de Notre-Dame-de-Lorette (@BnF)

Les conditions sont rudes. Beaucoup d’hommes sont tués ou disparus, le nombre de blessés augmente de jour en jour. Il fait chaud, l’eau manque et les soldats sont obligés de boire leur urine. Mais la bataille continue… Au bout de deux semaines de combats sanglants, les Allemands sont chassés hors du plateau de notre Dame-de-Lorette. Ça ne s’arrêtera donc jamais…

Pièce de 105 en action près de Lorette, la pièce est encore en recul près de Lorette (@BnF)
Pièce de 105 en action près de Lorette, la pièce est encore en recul près de Lorette (@BnF)

Le 25 mai 1915, une autre grosse attaque est lancée. Au terme de plusieurs jours de combat, aucune avancée significative pour les Français, mais Ablain-Saint-Nazaire est repris le 28 mai. 

Le 16 juin 1915, une nouvelle offensive Française est amorcée et le même scénario se reproduit. Incroyable… La division Marocaine parvient encore jusqu’à la crête de vimy, mais les autres unités n’ont pas pu suivre et se retrouve donc esseulé. Très vite, Foch ordonné l’arrêt définit de cette opération qui aura duré quarante jours. Quarante jours de combats sanglants, d’une violence inouïe dans des conditions atroces. Quarante jours où 102 500 hommes seront tués. Aucune victoire importante, une partie du plateau de Lorette où 4 villages ont été libéré, un peu plus de 7000 prisonniers et du matériel. Mais on pense aux 102 500 hommes massacrés pour si peu qui laisseront veuves, orphelins et mères à jamais éplorés. 

Poilus au repos dans le bois d'Ablain-St-Nazaire (@BnF)
Poilus au repos dans le bois d’Ablain-St-Nazaire (@BnF)

Deuxième offensives

En septembre 1915, une nouvelle offensive est lancée avec l’appui des Anglais, situés plus au nord vers Loos-en-Gohelle. Pour la première fois dans cette guerre, les Anglais utilisent du gaz de combat. Une première mitigée qui n’est pas décisive, mais d’une grande aide. Les premières lignes allemandes sont percées. Les Anglais avancent et pour se donner du courage, lancent un ballon de football dans le camp ennemi. Ils veulent le récupérer et foncent sur les Allemands. Ils atteignent Loos-en-Gohelle en perdant tout de même plus de 5 000 hommes. L’armée Française peine à avancer, mais le 26 septembre, Souchez est repris. Cependant, la fatigue et l’incessante violence des combats commencent à peser sur nos poilus. Plus de 35 000 hommes sont tués et Foch, interrompt une nouvelle fois l’opération pour que les hommes puissent se reposer. Le 11 novembre 1915, les combats reprennent, mais sans grand succès. En une semaine de combats, 12 000 hommes sont tués… Foch suspend définitivement cette opération. 

Au total, pour ces deux batailles de l’Artois plus de 160 000 hommes seront tués et nous pensons bien évidemment à eux et à tout ceux tombés pour rendre la France libre !

C’est ici que notre balade se termine. En Avril 1917, les canadiens reprendront la crête de Vimy aux allemands.

Comme une image vaut 1000 mots, voici plusieurs photos pour se rendre compte de ce que l’Artois était à cette époque :



(Source : Archives Gallica, Batailles de Flandres et d’Artois, journaux d’époque)

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *