Le Racing Club de Lens


Artois, Football, Lens, Racing Club de Lens / mercredi, mai 9th, 2018

Le 9 Mai 2018, beaucoup de supporters du Racing auront la tête 20 ans arrière. Lens fêtait alors  son titre de Champion de France 98 au terme d’une saison épique et éprouvante. Quelle année mais quelle année… En fermant les yeux, je peux encore ressentir les frissons que cette équipe procurait. Je me remémore la fougue de Drobjnak, les débordements de Ziani ou de Smicer, les buts de Vairelles, la hargne de Wallemme, de Dehu, de Lachor, de Magnier, de la classe de Sikora, du regretté Foé ou des parades de Warmuz. On se souvient tous de cette bataille acharnée entre Lens et Metz avec ce but de Lachor qui donne au Racing le titre au goal-average. Il y a aussi ces images du stade plein à 3 h du matin, les rues de Lens envahies par les supporters ou encore du direct dans Telefoot… Bref, vous l’aurez compris, des sentiments que les supporters Lensois de moins de 20 ans ne peuvent pas connaître…

Alors forcément, quand on repense à cette équipe au mental de guerriers, on ne peut s’empêcher(1) de faire une comparaison avec ces dernières saisons.

Pour cette balade, je voulais faire un résumé de la saison 97/98 et finalement, il y a tellement d’articles sur ce sujet que je ne pourrais rien apporter de plus. Ensuite, je voulais parler d’un match d’anthologie comme le Lens-Lazio de 77. Un match que j’ai eu l’occasion de revoir plusieurs fois avec cette formidable remontada bien avant celle du Barça… mais en creusant, j’ai préféré vous parler de plusieurs petites anecdotes glanées ici et là sur le Racing. Celui des débuts et c’est selon moi, ses vraies valeurs qu’il faut mettre en avant aujourd’hui. Celles qui sont la base de tout ce que ce club représente pour l’Artois et bien au-delà. Ce n’est donc pas une balade, mais plusieurs que je vous propose aujourd’hui. Suivez-moi et partons à la rencontre de Marek, de François et de bien d’autres encore. Bien entendu, certains propos risquent d’être un poil chauvin, mais je vous assure que vous apprécierez cette balade ! Suivez-moi…

(1) Mon fils, Maxence me conseille cette phrase plutôt que : on ne peut pas s’empêcher de faire une comparaison. Il n’a pas tort ! ;-)

La fameuse Place Verte

Dirigeons-nous vers la place verte (actuellement la place de la République). Nous sommes en 1905. Une bande de jeune joue à ce nouveau sport en vogue venu d’Angleterre : le football. Personne ne croit en ce sport et de plus ici, à Lens, au début du siècle, les estaminets sont les principaux lieux de rassemblement des mineurs où l’on discute vivement de politique. La musique prend aussi une part importante, que ce soit en harmonie ou chorale mais également d’autres activités très populaires à l’époque comme les pigeons voyageurs, les combats de coq ou encore les fléchettes. Mais c’est sans compter sur l’appui de commerçants et industriels qui, avec pratiquement rien, créent le Racing Club Lensois en 1906. Un an plus tard, les premiers statuts du club sont déposés et le Racing peut commencer la saison en ligue Artois. Le public reste à conquérir maintenant et c’est ici que tout commence…

Le club évolue alors sur une terre marécageuse où des touffes d’herbes poussent aléatoirement. Pas facile de jouer dans ces conditions. La Compagnie des Mines de Lens offre un terrain au club à la condition que le club entretienne le terrain. Ce n’est pas le meilleur terrain du monde mais qu’importe, le Racing peut commencer son histoire. En 1912, le Parc des Glissoires sera leur nouveau terrain de jeu.

Avec le début de la première guerre mondiale, le Racing suspend ses activités et refait surface en 1919 avec l’aide de Mr Laroche, directeur du Comité de Secours Américain. Le club joue alors en bleu ciel et blanc sous le nom de : Union Sportive du Foyer Franco-américain mais reprendra vite son nom d’origine. En 1924, Pierre Moglia, alors président du club depuis quelques mois, décide que le club jouera en Rouge et Jaune. La légende veut que c’est en se promenant dans les ruines de Lens, voyant quelques vestiges de l’occupation espagnole dans l’église St-Leger qu’il décide que le Racing jouera en Sang Et Or.

Continuons notre balade près du stade Raoul Briquet (aujourd’hui le stade Léo Lagrange). Le club vient d’être autorisé à jouer sur ce beau terrain récemment aménagé suite à la reconstruction de la ville. Et c’est en 1926, que le Racing remporte son premier trophée : il sera champion d’Artois.

Le Derby Artésien

Avant que les grands derby Lens-Lille ne prennent l’ampleur qu’on leur connaît aujourd’hui, il y a eu d’autres Derby encore plus important à l’époque. Rentrons maintenant dans le stade et trouvons une place parmi les 3000 spectateurs présents. Le Racing Club de Lens affronte ce dimanche 5 octobre 1930, l’Étoile Sportive de Bully. La tension est palpable et l’engouement est là. Les deux cités minières sont distantes d’à peine 15 km et les deux clubs se sont déjà affrontés une bonne quinzaine de fois, et jamais le Racing n’a perdu ce derby, même quand il jouait en division inférieure – notamment en coupe. Les Lensois veulent préserver leur invincibilité et Bully souhaite faire tomber le voisin qui monte en puissance. Le terrain n’est pas très bon mais les Lensois (en blanc sur la photo ci-dessous) partent confiant. C’est vrai que le Racing a multiplié par 3 son effectif ces dernières années et que le public est plus nombreux matchs après matchs. Les joueurs font leur entrée sur le terrain et la partie peut enfin commencer. Bully domine en ce début de première mi-temps. Les Bullygeois se battent sur chaque ballon. Ils sont déterminés à gagner et mettre fin à la série de défaites contre le voisin Lensois. Les Lensois n’y sont pas et rentrent aux vestiaires avec 1 but encaissé. On sent sur les visages des Lensois que la partie ne sera pas aussi facile que d’habitude et qu’il faudra se ressaisir. Ce qu’ils feront car les joueurs affichent désormais un autre visage. Les actions se succèdent et les enchaînements sont plus fluides. Les Bullygeois sont acculés en défense et font bloc face aux attaques Lensoises. Et c’est sur une contre-attaque éclair que Borowski marque le 2e but pour Bully mettant fin aux espoirs Lensois et c’est Bully qui remporte le derby de fort bonne manière tant l’envie et la détermination était présent dans le camp bullygeois. Ce sont dans ces rencontres que l’âme du Racing s’est forgée. Une envie de se surpasser et de se donner à fond à chaque match. Une identité locale forte faite de fierté et d’appartenance. Le public et les joueurs Lensois sont déçus mais il est fort à parier que ce pub à de belles années devant lui.

Les gendarmes, ramasseurs de balle

En 1933, il n’y avait pas tous ces jeunes autour du terrain pour ramasser le ballon quand celui-ci quittait le terrain. À Lens, le stade est bordé par deux rues et n’est pas clôturé. Il arrive souvent que le ballon rebondisse au delà-du stade. À chaque match du Racing, un gendarme à cheval était posté dans chacune de ces deux rues. Le public s’amusait de voir les gendarmes se dépêcher de récupérer la ballon pour faire en sorte que la partie reprenne sans trop d’attente. Leur rapidité d’intervention était fortement appréciée par les joueurs et les supporters et Lens pouvait se vanter d’avoir les seuls ramasseurs de balle à cheval de France !

La Lampe et le Coq

Arrêtons-nous maintenant en 1934. Le club joue maintenant dans son tout nouveau stade qui deviendra le stade Bollaert quelques années plus tard. En effet la Compagnie des Mines de Lens, voyant de bonne augure l’expansion du club, acquiert un terrain vers 1929 et décide d’y construire un vrai stade de foot. Ce sont 180 mineurs – au chômage technique suite à la baisse de la vente de charbon – qui sont chargés de construire la nouvelle enceinte du Racing, tout un symbole de nos jours. De plus, le club vient de passer professionnel et les supporters sont déjà très présents derrière leur club. Ce jour-là, Lens reçoit Le Havre et est en tête du championnat de France de Division interrégionale, avec Rouen et Metz. Autant vous dire que tout va très bien pour le Racing et c’est toute une ville qui soutient son club. À tel point que les supporters ont voulu témoigner de leur fierté. Ils ont eu idée d’offrir au club une lampe de mineur. Alors imaginez un peu, une lampe de mineur, rouge et jaune, haute de 2,30 mètres pesant pas moins de 90 kilos. En 1934, le Racing a déjà une très bonne réputation. Il est connu et reconnu pour son courage, son ardeur et son énergie. Et il est logique que cette cage soit aussi une cage pour un beau et gros coq. Et oui, les supporters ont eu cette superbe idée de regrouper les deux symboles forts de la cité minière : La mine et le Coq. Un coq magnifique et courageux de 2 ans et demi. Victorieux de 4 combats, il est très beau. C’est la capitaine de l’équipe, François qui est chargé de le mettre en cage. Les supporters ont pris le soin de protéger les éperons afin de ne pas blesser leur capitaine et il s’en tire fort bien. Le cadeau porte chance et le Racing l’emporte 2-0 et conforte ainsi sa place de leader dans son championnat.

Sochaux descend

Mai 1935. Lens reçoit Sochaux mais je ne vais parler du match cette fois. Il est 9h et nous sommes dans la cour de la fosse °2 des mines de Lens (situé à proximité de la route de Lille et la route de Loison. Le Racing a invité les joueurs de Sochaux à descendre. Joueurs et dirigeants enfilent pantalon, veste de toise bleue et bonnet blanc. Lampe à la main, ils prennent place dans la cage et descendent. Les Doubistes ressentent comme jamais la dure labeur des mineurs. Il fait chaud, on n’y voit pas grand-chose et les passages sont étroits. Une lente progression coudes et genoux à terre dans les galeries, les joueurs observent les « gueules noires » travaillant le charbon à coups de pioches et marteaux-piqueurs. C’est deux heures plus tard que les footballeurs remontent à la surface de la terre. Une rude expérience mais pas des plus agréables. Tous, s’écrièrent : Jamais plus… Jamais plus !

Duel de champion

Faisons un saut 2 ans plus tard et retrouvons-nous au milieu des supporters. Couvrez-vous un peu car Il fait gris et frais à Lens ce jour-là. Mais l’ambiance nous réchauffera vite. C’est donc la 1ère journée du championnat de France 1937. Le Racing, champion de France de D2 reçoit Marseille, Champion de France de D1 dans un  Bollaert plein à craquer. 9000 supporters se sont rassemblés pour assister à ce match. L’arbitre donne le coup d’envoi et les Lensois une énorme pression dès le début du match. Les Marseillais sont étonnés et c’est sans surprise que le Racing mène 1-0 après 5 minutes de jeu par un tir des 25 mètres de Spechtl. Les supporters donnent de la voix et le Racing attaque sans cesse. 15e minutes, suite à une contre attaque, les Marseillais reviennent à 1-1. Quel match ! Les joueurs rentrent aux vestiaires dos à dos. Place donc à la 2e mi-temps qui s’annonce passionnante. Les joueurs du Racing attaquent et pilonnent la défense Marseillaise Leurs efforts sont récompensés à la 60e en menant 2-1 puis 3-1 à la 67e! Ils sont incroyables ! Lens, promu mène 3 à 1 face au champion. Marseille revient à 3-2. Mais les Lensois ne doutent pas un seul instant et porte la marque à 4-2 ! Le Racing se permet même d’encaisser un but en fin de match pour finir sur un 4-3 magnifique. Lens fait sensation et tape un grand coup en matant les Marseillais dès le début du championnat. Les Lensois termineront la saison à la 14e place en assurant leur maintien.

Le Racing pendant la 2è guerre mondiale

Nous voici maintenant à l’aube de la Seconde guerre mondiale. Le championnat est interrompu et sera découpé en 3 zones : Nord, Sud et Interdite. Le Racing fait partie de cette dernière mais peut garder la majorité de ses joueurs (les joueurs-mineurs). Il sera champion de la ZI en 41 et 42 et remporte la finale de la ZI face à l’Olympique Iris Club Lillois avant de perdre en finale interzone face au Red Star. En 43, le championnat est divisé en 2 zones : nord et sud. Le Racing est champion avec 13 points d’avance. D’ailleurs, durant cette saison, le Racing infligeait un 32-0 dont 16 buts de Stanlis. Ensuite vient la finale de la zone nord de la coupe de France face à Lille disputée au stade Jules-Lemaire à Fives. C’est un duel Artois/Flandres, Nord/Pas-de-Calais, Ouvrier/Bourgeois, toutefois malgré cette rivalité, ce sont les deux meilleurs équipes nordistes. Les Lensois sont archi-favoris tant les Artésiens sont redoutables. Les dogues Lillois ne peuvent rien face aux Lensois qui sortent vainqueur de cette finale. En 44, Vichy impose aux joueurs du Racing d’intégrer la formation Lens-Artois. Cette formation finit championne malgré un match en moins qui ne sera jamais disputé. Le Racing, lui, continue en championnat amateur. Un an plus tard, Vichy abandonne cette idée stupide et tous les joueurs retrouvent le Racing Club de Lens. En 47, le club est en D2

Le destin d’un club à part

Le destin du Racing est fait de hauts de bas. En 1956 et 1957, le Racing est vice-Champion de France avant de connaître plus ou moins de succès jusqu’en 1968 ou il est relégué en 2e division. André Delelis, maire de la ville se bat pour redresser le club. La poisse continue et en 1969, le Racing est obligé d’abandonner le statut de professionnel avant de le reprendre en 71 et de retrouver l’élite en 1974.

Monsieur Hus, président du RC Lens, explique le succès du club par la politique des jeunes, et l’aide des Houillères


Sur les vidéos ci-dessus, vous vous rendrez compte de ce que le Racing représentait déjà à cette époque.

Finaliste de la coupe de France en 75 face à Saint-Etienne et vice-champion en 77, le Racing s’offre l’un des plus beaux matchs de son histoire et – n’ayant pas peur des mots – l’une des plus belles pages du football français en pulvérisant la Lazio à Bollaert 6-0 – pour rappel, 2-0 à l’aller pour les Italiens – au terme d’un match tendu mais tellement symbolique de ce que doit être le RC Lens. Avec 2-0, les supporters ont droit aux prolongations et les joueurs en planteront 4 en signant une superbe romontada. Ce Lens là, était une équipe solidaire, courageuse, se donnant à 1000% et le plus important finalement, se battre pour ceux qui ont fait ce club.

Résumé du Lens-Lazio de 77


Il y a eu encore beaucoup de moments charnières pour le Racing ensuite. Le club descend en D2 en 1978 pour faire l’ascenseur et redescendra en 1989. Il retrouvera l’élite en 1991 et connaître durant cette décennie, ses plus belles pages en faisant des bons résultats en Europe et – surtout – le titre de Champion 98 et remporter la coupe de la ligue l’année suivante. Je ne reviendrai pas sur les années qui suivent…

Reportage sur le déplacement des Lensois
pour la finale de la coupe de France en 1998

Pour finir cette balade, j’ai – plus que jamais – le sentiment que le Racing s’est perdu. J’ai hâte de retrouver le vrai Lens… Alors en attendant, je te souhaite un bon anniversaire Racing pour les 20 ans du titre et fait en sorte de nous faire connaitre d’autres moments inoubliables !

Et pour terminer, grâce à France 3, revivez cette folle soirée de 98 !


J’espère que toutes ces balades ont réussis à vous plonger dans l’histoire du RC Lens. N’hésitez surtout pas à partager ! Je compte sur vous !
A bientôt !


Sources : Le miroir des sports – Ce soir – Le réveil du Nord – Match – via gallica.bnf.frrclens.fr et Wikipedia    

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