Labeuvrière et l’eau de Sainte Christine


Artois, legende / dimanche, mai 3rd, 2020

Aujourd’hui je vous propose une balade à Labeuvrière, un chouette village de 1679 habitants niché au bord de la Clarence et qui a gardé un caractère rural fort apprécié. Situé entre Auchel, Bruay-la-Buissière et Béthune, on aperçoit le village aux abords des premières ondulations de nos belles collines d’Artois.

Labeuvrière, c’est ce genre de village typique où il existe encore des lieux d’exceptions. C’est le cas ici avec un magnifique édifice au centre du village : L’ancienne Prévôté. D’ailleurs, l’église, le mur d’enceinte et ses quatre tourelles sont classés aux monuments historiques. À l’origine, c’est Robert Comte de Flandre qui fonde au 11e siècle un prieuré pour protéger les reliques de Sainte-Christine de Boslène et au fil des siècles, la légende de la sainte a façonné l’histoire du village.

Pourquoi des reliques de Sainte-Christine à Labeuvrière ? Pourquoi la vénère-t-on autant ? C’est ce que nous allons découvrir… 

image de Sainte Christine à Labeuvrière

Qui était Sainte-Christine ?

Originaire de Bolsena à environ 100 km au nord de Rome, Sainte-Christine est une martyre du 4è siècle. Issue d’une importante famille d’aristocratique, son père est un riche magistrat romain qui vénère les dieux païens. Afin qu’elle se consacre entièrement à ce culte, il emprisonne sa fille dans une tour un tas de statues païennes en or. 

Enfermée, Christine reçoit la visite du Saint-Esprit et a une révélation : elle décide de devenir chrétienne. Elle rejette alors tous les dieux païens de son père. Elle brise alors ses statues d’or pour les distribuer aux plus démunis. Fou de rage, son père la fait fouetter et lui demande de renoncer au christianisme, ce qu’elle refuse.

Jetée au cachot, la pauvre fille est écorchée vive et écartelée. Elle subit aussi le supplice de la roue sous laquelle un feu d’huile est allumé, ce qui provoque un incendie et tue 1500 personnes. Son père est persuadé que c’est juste de la magie s’obstine à vouloir tuer sa propre fille. Il ordonne de lui lier une pierre énorme autour du cou et de la jeter dans le lac de Bolsena. Quelques minutes plus tard, des anges viennent à son secours dont l’Archange Gabriel pour la ramener sur les rives et c’est Jésus-Christ lui-même, qui la baptise avec l’eau du lac.

Son père ne s’en remet pas et meurt brutalement. Un autre gouverneur le remplace et lui demande aussi de renoncer au christianisme. Ce à quoi Christine lui répond : « Le christ que tu méprises tant me délivrera de tes mains ».

© Maison du vitrail – Verrière du martyre de Sainte Christine de Bolsène – Eglise Ervy-le-Châtel. Visite sur Guidigo

Et ça continue...

Le calvaire de Christine continue : elle est enfermée dans un four pendant cinq jours où elle passe son temps à chanter avec les anges. Elle en ressort saine et sauve ! on décide alors de l’enfermer avec de dizaines de serpents venimeux et elle n’est mordue par aucun d’entre eux. Cependant, les serpents se jettent sur le pauvre gardien et c’est Christine qui le ramène à la vie et le convertit au christianisme. Pour la punir, on lui la langue, mais elle ne perd pas l’usage de la parole. Christine la ramasse et la jette sur son tortionnaire qui devient aveugle. Finalement, le supplice de Sainte-Christine s’achève lorsqu’elle sera attachée à un poteau et percée de plusieurs flèches dans le corps. D’ailleurs, ces flèches sont représentées sur le blason de Labeuvrière. 

Blason de Labeuvrière

Pourquoi Sainte-Christine à Labeuvrière ?

Une légende populaire raconte qu’au 9ème siècle environ, deux pèlerins ayant entendu parler des prodiges accomplis au tombeau de Sainte-Christine à Bolsèna s’y rendirent en pèlerinage. Profitant d’un moment où ils étaient seuls, ils s’emparent d’une partie des reliques de Sainte-Christine.

Ni une ni deux, les pèlerins quittent rapidement l’Italie et retourne vers la France. En arrivant aux abords du Comté de Flandre, un des deux pèlerins tombe malade et ne peux pas continuer voyage. L’autre pèlerin continue sa route et arrive un soir harassé de fatigue à Eke (ancien nom du village de Lapugnoy). Après avoir soigneusement caché son trésor, il demande l’hospitalité au prêtre. Quelques jours plus tard, le pauvre pèlerin tombe gravement malade. Avant de mourir, il raconte tout au prêtre qui l’avait accueilli et lui révèle l’endroit ou il a caché les reliques de Sainte-Christine. 

reliques Sainte-Christine
Reliquaire contenant un os du bras de Sainte-Christine

Au fil des siècles, l’histoire des reliques de Sainte-Christine est tenace, c’est une véritable guerre de clochers. À Lapugnoy, on est certain que les reliques ont été apportées sur la rive gauche de la Clarence à quelques centaines de mètres du lieu ou se situait l’église d’Eck (à l’emplacement du cimetière actuel). Tandis qu’à Labeuvrière, une légende populaire raconte que les reliques ont bien été déposées à Lapugnoy, mais si elles ont été transportées à Labeuvrière, c’est que c’est Sainte-Christine elle-même qui a voulu punir les habitants de Lapugnoy pour leur mauvais accueil et de récompenser ainsi, les habitants de Labeuvrière de leurs grandeurs d’âme.

Et la prévôté dans toute cette histoire ?

C’est Robert II comte de Flandre qui au 11e siècle, au retour de la première croisade et la prise de Jérusalem fonde une maison religieuse dédiée à Sainte-Christine afin de garder les reliques pour les protéger des profanations et des hordes barbares. 

Les siècles passent et l’Artois connaît une période agitée avec les rivalités perpétuelles  entre Français et Espagnols ou encore les guerres de religion. En 1583, le prieur de Labeuvrière déclare que son prieuré est en ruine et consent à le vendre à l’abbaye Saint-Vaast en 1586. 

Le prieuré change alors de statut et il est désormais élevé au rang de Prévôté. Philippe de Caverel en est le premier administrateur et il fait construire un mur qui l’entoure, 3 tourelles  reconstruit entièrement le logis et rénove la tour romane et la nef de l’église.

Aujourd’hui, la paroisse dépend toujours de l’abbaye sainte vaste et est dédiée à Saint-Pierre par ordonnance du roi Louis Philippe depuis 1840.

De Sainte-Christine, il subsiste dans l’église encore sa statue datée du 16e siècle, mais aussi une chapelle qui aurait été édifiée à l’endroit même d’une ancienne fontaine. Souvenir des miracles opérés par l’eau de Sainte-Christine dont la croyance populaire ne manquait pas de voir en son eau miraculeuse, un pouvoir guérisseur. On y trempait les langes et les vêtements des enfants malades. Mais aussi des médailles, des chapelets ou tout autre objet qui étaient ensuite bénis à l’église. L’eau de Sainte-Christine aurait aussi des pouvoirs sur les personnes souffrant des yeux ou de la peau et il n’était pas rare de voir des villageois se laver le visage.

On fête les Christine le 24 juillet et chaque année, une procession a a lieu pour honorer et rendre hommage à sainte-Christine.


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