La bataille de Bapaume


8 minutes à lire, Artois, Bapaume, guerre / vendredi, mars 22nd, 2019

Pour cette 13ème balade, je vous propose de nous diriger vers le sud de l’Artois, à Bapaume plus précisément. Faisons un grand pas en arrière et allons faire une petite balade le 1er jour de l’an 1871 en plein cœur du conflit franco-prussien. L’armée du Nord guidée par le Général Faidherbe quitte les lignes de la Scarpe pour se positionner peu après Arras. Le lendemain, le Général ordonne de marcher sur Bapaume – passage obligé pour mettre fin au siège de Péronne. Nous voilà en route pour la fameuse bataille de Bapaume.

la bataille de la Bapaume

Le contexte historique

Juillet 1870, Napoléon III refuse que le prince prussien Léopold de Hohenzollern règne sur le trône d’Espagne laissé libre. Avec l’appui du Royaume-Uni et de la Belgique, Napoléon III parvient à ses fins et pour le moment, tout va bien… 

Cependant, il souhaite que le roi prussien s’engage par écrit et exige que la Prusse renonce à tout jamais à l’Espagne. Il ne connaît que trop bien l’histoire de Charles Quint (dont on parle ici) qui régnait sur l’Allemagne et l’Espagne prenant la France en étau. Il ne souhaite pas faire revivre à la France les multiples conflits provoqués par cette situation…

C’est ici qu’entre en jeu le chancelier Von Bismarck. Il manipule la presse allemande avec la fausse dépêche d’Ems (plus d’infos sur Heredote.net). Les Allemands trouvent l’attitude française irrespectueuse et les Français se sentent outragés. Le 19 juillet 1870, Napoléon III déclare la guerre au royaume de Prusse. À partir de là, il prend les commandes d’une armée affaiblie par les précédentes guerres et au total, ce sont 250 000 hommes mobilisés. Ce n’est rien comparé face aux 800 000 Prussiens !

Le début du conflit est une série de défaites pour la France et en 6 semaines. Napoléon III se fait capturer à Sedan et Paris capitule le 28 janvier 1871. L’armistice est signé dans la galerie des Glaces du château de Versailles le 26 février. Le gouvernement provisoire Français est contraint d’indemniser le nouvel empire germanique à hauteur de 5 milliards de francs-or et doit céder l’Alsace et une partie de la Lorraine.

Après ce bref retour sur cette guerre, arrêtons-nous à Bapaume dans les faubourgs d’Arras. L’armée du Nord emmenée par le général Faidherbe est prête… Elle se dirige vers Bapaume, déterminée à y déloger les prussiens. 

Le lieu de la Bataille de Bapaume

Le lieu de la bataille ne favorise absolument pas un mouvement rapide et à part les villages d’Achiet-le-Grand, d’Achiet-le-Petit, de Favreuil ou encore de Bihucourt, ce n’est qu’une immense plaine totalement découverte qui attend les soldats de Faidherbe. Nous connaissons nos belles plaines de l’Artois : faiblement ondulées entrecoupé de maisons et de granges, de bocages verdoyants ou encore de grands arbres et elles ne favorise en rien le déplacement à couvert de notre armée. De plus qu’en cet hiver 1871, il fait très froid et la neige tombe en grande quantité. 

Panorama du champ de bataille de Bapaume

Le 2 janvier

Le Général Faidherbe donne l’ordre de se mettre en marche sur Bapaume. Il déclare : « La France a les yeux sur vous ; que chacun jure de vaincre ou mourir et la victoire sera certaine. Vous serez fiers de pouvoir dire que vous étiez à l’armée du Nord, lorsqu’elle a délivré notre pays d’impitoyable envahisseurs. »

Notre armée se déplace en 4 divisions pour attaquer l’ennemi de plusieurs côtés :

  • Derroja commande la 1re du 22e corps.
  • Bessol (accompagné par Faidherbe) commande la 2e du 22e corps. 
  • Payen commande la 1re du 23e corps.
  • Robin commande la 2e du 23e corps. 
carte de La bataille de Bapaume

Suivez-moi, nous allons faire le tour des divisions. Derroja est arrivé sans encombre à Achiet-le-Petit où ses hommes peuvent passer une nuit tranquille. En revanche, Bessol et Faidherbe se dirigent tout droit vers le village d’Achiet-le-Grand… Au loin, les soldats aperçoivent des éclaireurs Prussiens. C’est ainsi qu’ils leurs emboîtent le pas lorsque près du bois de Logeast, l’ennemi leur envoie une pluie d’obus. Des coups de canon à répétition qui empêche les soldats de progresser. Et c’est avec la bravoure de nos soldats qu’une centaine de Prussiens cachés derrière les tombes du cimetière d’Achiet-le-Grand et derrière le remblai du chemin de fer sont délogés de leur position.

L’enfer sur l’Artois

La 2e division continue d’avancer tant bien que mal et malgré les tirs incessants de l’ennemi, Bessol ordonne de canonner une partie du village. C’est alors que les chasseurs se lancent avec courage et bravoure. La lutte n’est pas longue mais hyper violente : l’ennemi se retire en désordre sur Bapaume, laissant des armes et une cinquantaine de prisonniers. il est pourchassé jusqu’aux villages de Grevillers et de Biefvillers où nos troupes arrivent sans résistance. Malheureusement, un commandant de bataillon prend l’initiative de se replier sur Achiet-le-Grand et de ne pas garder position, se croyant isolé. L’ennemi réoccupera le village le lendemain et coûtera beaucoup plus de sang et d’énergie pour le récupérer. Néanmoins, c’est une belle avancée et pour l’une des rares fois pendant cette guerre, l’armée Française fait reculer l’ennemi. Après cela, la nuit tombe tranquillement sur l’Artois et le calme est revenu comme si rien ne s’était passé.

peinture la bataille de la Bapaume

Maintenant allons voir si la 23e a plus de chance du côté de Béhagnies occupé par l’infanterie Prussienne. Payen décide d’envoyer des troupes à droite et à gauche du village tandis qu’une section d’artillerie doit entrer par la route principale du village. Nos hommes avancent, placent un canon et se positionnent, mais, à la vue de ce mouvement les prussiens envoient des salves de tirs d’une terrible fureur. Les chevaux – affolés – se cambrent, renversent les conducteurs et se sauvent avec les munitions ainsi qu’un canon resté dans le chariot. Heureusement pour nous, ce drôle de convoi est récupéré un peu plus loin. 

la bataille de la Bapaume

Les 3 jeunes héros

Nos troupes sont alors obligées de reculer, mais au milieu de cette pluie de balles, le canon est resté sur le terrain : « L’ennemi se crut maître de nos pièces et sortit des maisons pour les emmener. Ce fut notre tour de les cribler de balles. » Récupérer un canon ennemi est toujours une bonne prise, mais c’est sans compter sur l’audace de 3 jeunes soldats qui le récupèrent en évitant les balles des prussiens. Oubliés de l’Histoire, ces 3 hommes montrent à quel point l’amour de la patrie les habitaient et cela donne du baume au cœur aux autres soldats qui, galvanisés par cet acte, redoublent de tirs. 

C’est au tour de la batterie montée de la mobile du Pas-de-Calais de pilonner le camp ennemi pendant près de 45 minutes. Les tirs sont vifs et d’une telle précision que l’ennemi est chassé hors du village en lui causant plusieurs pertes. Pendant que la bataille fait rage, une longue ligne d’infanterie prussienne apparaît à l’horizon. Les soldats se placent et chaque camp se répond à coups de sabre, d’obus et de tirs. La nuit approche et devant un ennemi aussi redoutable, nos troupes se retirent à Ervillers et abandonnent Béhagnies. Inférieure, en nombre et en artillerie, notre armée a tenu le choc face aux prussiens en ne se faisant jamais déborder. 

Il fait déjà bien sombre sur l’Artois et le froid est glacial. Et c’est ici que se termine la journée du 2 janvier. Laissons nos soldats profiter d’un repos bien mérité, car demain, un combat acharné les attend. 

Reconstitution de la bataille de Bapaume Par La Cartouchière
Photo : La Cartouchière
Reconstitution de la bataille de Bapaume Par La Cartouchière
Photo : La Cartouchière

Le 3 janvier

Dans la nuit, les Prussiens évacuent les villages de Béhagnies et de Sapignies pour se positionner tout autour de Bapaume et défendre la ville. 

Au petit matin, Bessol toujours accompagné de Faidherbe, prennent difficilement Avesnes-lès-Bapaume et se demandent encore pourquoi nos troupes n’ont pas eu la confiance de garder ce village la veille : « Ce village (…) ne fut enlevé qu’après plusieurs retours offensifs (…). La Défense des Prussiens a été si obstinée et notre attaque si puissante, que nous trouvons le village et la route, couverts de morts et de blessés prussiens. »

Allons rejoindre la division de Derroja qui avance d’un pas résolu sur Avesnes-lès-Bapaume. Sa mission est on ne peut plus clair : reprendre le village et croyez-moi, c’est qu’elle fait ! Regardez ces soldats qui, mètres après mètres, maisons après maisons enlèvent le village à l’ennemi. Devant une telle fureur, les Prussiens reculent, prennent peur et fuient le village. 

L’armée du Nord comme un seul homme

Oh mais regardez le colonel Foerster qui au devant du 43ème de ligne et du bataillon de marsouin lance son régiment de marche, pipe au bec ! Oui oui, tranquillement une pipe au bec ! Il donne le pas avec un tambour prussien qu’il frappe gaiement, avec sa canne. Quel beau pied de nez à l’ennemi. 

En revanche, la division Robin, dont les troupes ne sont pas capables de rester en ligne sous la moindre fusillade, s’obstine à couvrir notre gauche. Elle fut vite remplacée par deux bataillons de la une brigade de la division Payen.

Nos soldats poursuivent l’ennemi jusqu’à l’entrée de l’avenue de Bapaume. Ce n’est pas des milliers de soldats qui fondent sur la ville, mais bel et bien, une armée, solide et unie comme jamais. C’est la glorieuse armée du Nord qui fait bloc face aux prussiens, aussi redoutable soient-il. Et les efforts paient, nous ne sommes plus qu’à 300 mètres de Bapaume. Jamais nous n’avons été si près de notre but. Il faut continuer sur notre lancée. Avançons avec les soldats, mais faisons attention, car les Prussiens sont toujours là. Avançons encore jusque dans les faubourgs de la ville lorsqu’ils se mettent à nous tirer dessus. Un feu très vif et incessant qui part de la gare et des maisons, mais nous restons bien en place. 

tableau Général Faidherbe la bataille de la Bapaume

La batterie montée du Pas-de-Calais

Un peu plus loin, la batterie montée du Pas-de-Calais a reçu l’ordre de se positionner et de participer à la bataille de Bapaume, où elle doit attendre les ordres. Les Prussiens continuent de tirer quelques obus ici sur l’Armée du Nord et les ordres tardent à venir. Les soldats trépignent d’impatience et veulent eux aussi prendre part au combat. Ils sentent qu’ils peuvent faire la différence et reprendre Bapaume aux Prussiens. Enfin ! 4 sections sur les 6 présentes reçoivent l’ordre de se positionner un peu plus bas et d’ouvrir le feu. Leurs tirs sont si précis qu’ils causent plusieurs pertes chez l’ennemi qui tente à son tour de répondre. Mais leurs obus tombent tous à côté sans qu’un seul ne touche les batteries.

15 minutes plus tard, ordre est donné aux 2 ordres sections de participer au combat. Elles se positionnent et ouvrent le feu sur l’ennemi. Un feu d’une violence inouïe et meurtrier. C’est le coup de grâce vers les 18 heures, les Prussiens sont chassés des villages au nord de Bapaume. Devant la déroute prussienne, il faut achever l’ennemi. Mais à la surprise générale, Faidherbe ordonne de se retirer et d’occuper les villages conquis. Mais pourquoi Faidherbe a décider de stopper son avancée ? Quelles sont les raisons pour lesquelles le Général Faidherbe n’a pas poursuivi son succès ? 

la bataille de la Bapaume

Victoire !

À 18 heures, il télégraphie au ministre de la guerre : « Aujourd’hui, de huit heures du matin à six heures du soir, nous avons chassé les Prussiens de toutes les positions, de tous les villages. Ils ont fait des pertes énormes et nous des pertes sensibles. »

Toujours est-il que le 4 janvier, après deux jours de lutte infernale, Français et Prussiens se fuient. le Général Faidherbe ordonne de ne pas prendre Bapaume et les Prussiens, abandonnent la ville redoutant une attaque française. Le comble ! 

Il déclarait plus tard : « Le 3, à la nuit, j’arrêtais mes troupes dans les faubourgs de Bapaume. Il ne se trouvait plus dans cette ville que quelques centaines de Prussiens sans artillerie (le général se trompe sur le nombre). Si nous étions entrés dans la ville et que les Prussiens eussent voulu se défendre dans les étages des maisons, la ville eût été inévitablement incendiée, ce que je voulus éviter. »

le Général Faidherbe sur le champs de la bataille de Bapaume
Le général Faidherbe triomphant avec l’Armée du Nord

Le rapport fait état de 183 morts, 1136 blessés et 800 disparus pendant la bataille de Bapaume

Voilà, c’est ici que se termine notre balade pendant le Bataille de Bapaume. J’ai pris beaucoup de plaisir à me plonger dans les livres d’époque et je l’ai fait aussi pour se rappeler du courage de ces jeunes soldats, de cette volonté de ne pas abandonner qui ont livré des batailles acharnées souvent perdues d’avance face à un ennemi qui lui était bien supérieur. 

Cette armée – la plus oubliée des armées (d’après Henri Ortholan, 1870-1871) – a eu le mérite de poursuivre le combat face aux Prussiens et nous nous devons de lui rendre hommage et en perpétuer le souvenir. Je vais terminer avec cette superbe phrase de Charles de Gaulle qui lui rendait hommage : « Troupe vaillante qui tâche, à force de courage, de vaincre le mauvais destin, troupe solide dont aucun revers n’entame la bonne volonté. Troupe habile aux armes, luttant à un contre deux, écrasée par une artillerie très supérieure. Troupe fidèle qui paye de son humiliation et de sa misère des fautes qui ne sont pas les siennes et qui (…) retrouve assez de dévouement et de discipline pour enlever les barricades de la Commune et sauver l’état.» (De Gaulle avant de Gaulle : La construction d’un homme).

soldats Français acclamé à la bataille de la Bapaume

Merci à…

Je remercie Pierre Barbier du groupe Facebook La Cartouchière pour sa disponibilité et ses connaissances sur la bataille de Bapaume. J’ai découvert ce groupe en faisant mes recherches. Il a corrigé certaines de mes erreurs et m’a éclairé sur cette bataille. L’association a d’ailleurs fait une reconstitution en début d’année dont vous verrez tout ça sur leur page Facebook.

Bataille de Bapaume
reconstitution de la bataille de la Bapaume
Reconstitution de la bataille de Bapaume

Sources

Etudes de tactique appliquée. Bataille de Bapaume – 1872
Histoire de la bataille de Bapaume et de l’invasion prussienne dans cette ville et les environs – 1872 (sur Amazon : https://www.amazon.fr/Histoire-bataille-linvasion-prussienne-environs/dp/2014519595)
Les Armées du Nord et de Normandie, relation anecdotique de la campagne de 1870-71

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