La bande à Pollet


Artois / mercredi, mai 16th, 2018

Notre Artésien du jour n’est ni un héros ni une fierté pour notre Artois. Cette histoire se déroule au début du XXème siècle dans un contexte social anxiogène et d’insécurité où la pauvreté et la misère se mêlent avec les faits-divers les plus sanglants. Je vous emmène aujourd’hui sur les traces de la bande à Pollet. Ces bandits ont commis une multitude de délits et de crimes à travers le Nord-Pas de Calais et la Belgique. Du petit sou jusqu’aux meurtres en passant par le pillage, les bandits d’Hazebrouck ont terrifiés toute la région. Parmi tous leurs crimes, celui de Violaines est certainement le plus cynique, le plus violent et le plus grave.

Notre balade aujourd’hui, nous amène donc à la fin novembre de l’année 1905. La nuit tombe peu à peu dans les rues tranquilles de Violaines, un village calme et sans histoire. Dans la pénombre, on distingue un homme se dirigeant vers la mairie. Un habitant intrigué, l’interpelle et lui demande :

– Hey vous.. vous cherchez quelqu’un ?
– Bonsoir M’sieur ! Vous savez à qui appartient cette maison ?
– L’habitant, lui répond : Aux époux Lecocq ? Pourquoi ? Vous les connaissez ?
– Oui, oui… J’ai travaillé pour lui il y a longtemps maintenant…

C’est à ce moment que le destin de la famille Lecocq est scellé. Henri, 80 ans, sa femme Catherine, 78 ans et sa fille Euphrosine, 55 ans ne se doutent pas qu’à cet instant, Auguste Pollet eut l’idée de faire « un bon coup » dans cette belle et grande maison bourgeoise. Il connaissait le rentier pour avoir travaillé pour lui il y a plusieurs années. De ce fait, il connaissait la richesse de cette famille…  À son retour chez lui, il en parla à Abel, son frère qui accepta sans aucune objection.

Le drame de Violaines commence…

La maison de Violaines où furent assassinés les époux Lecocq et leur fille dans la nuit du 19 au 20 janvier 1906


Ils tentent alors de monter, mais la porte est fermé à clef. Affolé, il court chez le Maire juste en face pour le prévenir avant d’aller chercher l’instituteur. Et voilà que les trois hommes se rendent chez les Lecocq et montent directement au 1er étage. Ils découvrent alors les corps sans vie des trois membres de la famille… Un véritable massacre, il y a du sang partout ! Mr Lecocq, étendu sur le sol dans la chambre à droite et Mme et Mlle Lecocq, les corps entremêlés dans la chambre de gauche. La maison a été fouillée de fond en comble et la pauvre famille à été véritablement battue à mort. Un acte ignoble…

Pour comprendre ce qui s’est réellement passé, remontons le temps de 15h. C’est vers les 17h30, un froid glacial fait rage dans le Pas de Calais. Les deux frères Pollet et Vromant arrivent près de la maison repérée quelques semaines plus tôt. Ils regardent discrètement par la fenêtre. Mr et Mme Lecocq sont installés dans leur fauteuil tandis qu’Euphrosine, tricote de son côté.

Abel est déterminé à faire ce « gros coup ». Ils proposent alors d’attendre que la famille aille se coucher. La petite bande en profite pour se reposer, cachée derrière une botte de foin.
Les lumières viennent de s’éteindre. Les trois malfrats essayent d’entrer par la porte, en vain. Le volet de la fenêtre de la salle à manger était mal fermé. Patiemment et méticuleusement, Abel réussit à ouvrir la fenêtre sans réveiller la famille. Étonnamment, ils prennent le soin de se déchausser. Pour ne pas salir leurs chaussures ? Pour ne pas faire de bruits ? Pour être certain que la famille soit bien endormie, ils attendent encore un peu et décident de tuer le temps en buvant du vin... 2 bouteilles ! « C’était pour se remonter » déclare Abel. Vers les 23h00, ils commencent à fouiller les meubles et autres buffets du rez-de-chaussée. Ils ne trouvent absolument rien d’interessant. Ils montent alors à l’étage. Abel, en bon chef de bande ouvre la marche, armé d’un tisonnier, Auguste le suit. Vromant qui tient fermement le couvercle du poêle, est juste derrière. Arrivé sur le pallier, les bandits sont surpris par les cris d’Euphrosine : « Papa, papa ! Il y a des gens dans l’escalier ! »

Mr Lecocq, affolé, se lève et brusquement, Auguste se jette sur lui et lui envoie un méchant coup de poing qui fait tomber le vieil homme coudes et genoux à terre.

Pendant ce temps, Abel et Vromant entrent dans la chambre des deux femmes. La fille crie alors de toutes ses forces : à l’assassin, à l’assassin ! Abel s’approche en la menaçant avec le tisonnier et lui demande de se taire : « Soyez sage, et on ne vous fera rien. Nous serons vite partis ! » Il attrape Euphrosine pour la mettre dans un coin de la chambre et c’est à ce moment que la bougie que tenait Abel tombe. La bougie s’éteint et la pièce est noyée dans l’obscurité la plus totale. Euphrosine en profite pour hurler à sa mère d’ouvrir la fenêtre et de crier à l’aide. Vromant, décidé à la faire taire, s’acharne sur elle en la frappant à plusieurs reprises avec le couvercle du poêle… la pauvre fille tombe, ensanglantée et inconsciente. Mme Lecocq essaye tant bien que mal de se diriger vers la fenêtre et Vromant, dans son élan lui assène un énorme coup sur le crâne. Elle tomba au pied du lit.

Une fois les deux femmes maitrisées, Abel se met à fouiller les armoires de la chambre. Il jette alors sur le sol tout ce qui est draps, vêtements et couvertures. Et sous cette pile de vêtements, il découvre des bijoux, des pièces d’or et d’argent ainsi qu’un coffret qui contient environ 6 375 francs. Un vrai pactole en soi.

Le tisonnier et le couvercle qui a servi à tuer la famille Lecocq


Vromant rejoint Auguste Pollet dans la chambre du vieil homme. »Achève-le ! lui ordonne Auguste. Ils nous ont vus ! ». Vromant, regarde le vieil homme à terre et avec une violence inouïe, lui fracasse alors le crâne avec le même couvercle de poêle qui à servi à frapper les deux femmes. Abel finit par les rejoindre. En voyant le vieil homme à terre, il ne sourcille pas. Il fouille alors la chambre mais ne trouve rien. Et c’est là qu’une scène très étrange se joue : Auguste et Vromant, demandent expressément à Abel de frapper à nouveau le vieil homme. Sans doute pour le compromettre encore plus…

Abel retourne dans la chambre des deux femmes pour être sur de n’avoir rien oublié. Il s’aperçoit qu’Euphrosine reprend peu à peu ses esprits et essaye de se relever. Elle marmonne : « qu’allez-vous faire de moi ? » Sans pitié, Abel lui apporte une réponse sans équivoque : Il reprend son tisonnier, la frappe plusieurs fois sur la tête et acheva la pauvre fille. « Elle nous aurait reconnus ! » disait-il au procès. Avant de partir, il frappe violemment Mme Lecocq afin d’être certain que la pauvre soit morte. Ils laissent à l’étage le couvercle et le tisonnier tachés de sang avec des cheveux collés dessus. Une horreur. Un vrai massacre ! Les 3 meurtriers descendent, ferment à clef la porte du couloir qui mène aux chambres et descendent à la cave chercher des oeufs et du vin. Sans aucun remords ni aucune pression, ils soupent tranquillement avant de reprendre la route.

Une fois rentrés chez eux, ils ont tendu des draps sur les fenêtre pour s’assurer toute discrétion. Les trois meurtriers se partagent le butin. Leurs femmes – maitresses et complices comprises – en font également partie. Elles savaient ce qu’ils projetaient et quelle en était l’issue : le vol et le meurtre si besoin… Alors Auguste et Vromant reçoivent 1200 francs chacun tandis qu’Abel se prend la plus grosse partie. Une fois le « partage » effectué, on ne compte pas moins de 14 personnes concernées dans cette seule affaire – assassins et receleur confondus.

Et voici donc comment, ce petit village tranquille de Violaines connaît ici un drame extrêmement violent qui indigne la région entière. La police se met alors à leur trousse avec pour seul témoignage, celui d’une jeune fille qui habite chez ses parents à 50 mètres de là  : vers 11h du soir, au moment où j’allais me coucher, j’ai entendu les aboiements  insolites et prolongés d’un chien. J’ai regardé à travers un carreau de ma fenêtre et, au milieu de la nuit noire, j’ai cru distinguer les silhouettes d’individus qui marchaient à travers les champs. Et quand même un petit un indice : un des assassins à un pied difforme, tordus.

Voilà, c’est tout. Rien d’autre. Ils ne laissent jamais aucune trace qui ne pourrait les confondre… aucune. La famille annonce qu’elle offrira 250 Frs à celui qui permettra d’arrêter les assassins.

« Je sais qui a assassiner les Lecocq ! »

Nous sommes en avril 1906. La catastrophe de Courrières avait fait naître chez les mineurs un sentiment de révolte et pour manifester contre l’absence de sécurité, les mineurs font bloc contre les compagnies en faisant grève. C’est à ce moment là, qu’Auguste Plateel entre en scène. Il est gréviste et forcément, en manque d’argent. Il rend donc visité à sa soeur, Julienne… Pollet. Et oui, Plateel n’est autre que le beau-frère d’Abel Pollet ! Il est venu pour lui demander un peu d’argent et de la nourriture. Abel est là et il l’accueille très mal son beau-frère. Il refuse de l’aider en lui disant « Les temps sont durs ! » et lui demande de partir. Déçu, il s’en alla… Mais en partant, une dispute éclate entre Julienne et Abel et entend cette phrase : « Tu ne soutiens pas ta famille. C’est bien la peine d’assassiner des gens à Violaines ! » Alors, pour se venger, Plateel rédige une lettre anonyme au parquet de Béthune qui restera sans suite. À cette époque, il n’y a aucune communication entre les services et c’est l’anarchie complète dans les services de la Police. Alors, Plateel décide de se rendre au commissariat d’Hazebrouck et il raconte ce qu’il a entendu : Je m’appelle Auguste Plateel. « Mon beau-frère, Abel Pollet, est l’auteur du crime de Violaines. Ma famille va être déshonorée par ma faute, mais je ne veux pas qu’on croie que je suis le complice de cette tuerie. »

Et là, tout s’enchaîne. Le 3 mai 1906, la police encercle la  maison des Pollet à Hazebrouck et lance l’assaut. Julienne, tente de les retarder pendant qu’Abel s’échappe par derrière. Mais il est rattrapé et menotté. Il essaye de se débattre de toutes ses forces, il insulte et pousse même un policier à terre. Mais, le « Cartouche du Nord » est sous les verrous. Entre reconstitutions, confrontations, trahisons, dénonciations et aveux, ce ne sont pas moins de 28 personnes qui sont inculpées. Place au procès maintenant… mais il aura fallu 2 ans pour que cet énorme dossier arrive aux assises de St-Omer. Nous voici donc en juin 1908, la bande est accusée de 5 assassinats, 7 tentatives d’assassinat, 114 vols ou tentatives de vol avec violence. Pour l’occasion, la salle d’audience a été aménagée pour accueillir tous les inculpés. La lecture de l’acte de l’accusation ne dure pas moins de 5 h 30 ! À la fin de cette lecture, entrecoupée de pleurs, de cris et d’évanouissements, le président du tribunal à cette parole : « Le rouge nous monte au front d’insister sur de telles barbaries, nous en sommes honteux pour la race humaine ! »

Les débats sont difficiles, houleux et vifs. Les accusés se rejettent la faute : « Je suis un assassin, reconnaissait Deroo, mais toi, Abel tu es un barbare !  Ils insultent les témoins. Abel, finira par conclure :
« Messieurs, je ne vous demande rien pour moi et je sais ce qui m’attend. Mais pitié pour ma pauvre femme ! Elle se conduisait bien avant de me connaître. Dès qu’elle fut mariée avec moi, je ne lui ai donné que de mauvais exemples. Je n’ai jamais travaillé. Il fallait bien qu’elle élève nos deux gosses. Alors, elle acceptait l’argent que je volais. Je l’ai rendue malheureuse, je l’ai trompée, mais elle n’aurait pas osé me dénoncer et elle ne m’a jamais abandonné lorsque j’ai purgé quatre ans à Loos. Quant à Louise Mattoret, je peux affirmer que c’est par amour pour moi qu’elle s’accusa d’avoir participé au crime de Violaines ! »

La lecture des condamnations sonne la fin de ce procès hors norme qui dure 11 jours. Dix-huit accusés sont condamnés à des peines de trois à huit ans de prison. Cinq sont acquittés. Pour Abel Pollet (trois assassinats), Auguste Pollet (un assassinat et une tentative d’assassinat), pour Vromant (un assassinat) et pour Théophile Deroo (deux assassinats et sept tentatives d’assassinat), c’est la Guillotine. Toute la presse française relate ce procèset craignant que Fallières, le président de la République de l’époque accorde – comme il a tendance à le faire – une grâce aux accusés, elle publie ces quelques lignes :

Par tant de crimes et de victimes
N’ont-ils pas gagné l’échafaud ?
Tous les gens de chez nous estiment
Que c’est Deibler (l’exécuteur) qu’il nous faut.



Finalement, l’opinion publique l’emporte sur le souhait de Fallières d’abolir la peine de mort et le 10 janvier 1909, Deibler arrive à Béthune accompagné de quatre aides. Il est accueilli comme un héros à la gare de Béthune. Le lendemain, il est 7 h et c’est dans un froid glacial que le bourreau vient chercher les quatre condamnés. La guillotine est installée devant la prison de Béthune10 000 personnes attendent que les quatre têtes tombent. 7 h 20, Deroo est le premier. Ensuite c’est Vromant. Auguste Pollet le suit et une fois sa tête tombée dans le panier, on entend la foule chantait : « C’est Abel, Abel, Abel, c’est Abel qu’il nous faut…. »

Insolent jusqu’au bout, Abel hurle : « Tas de fainéants, à bas les calotins ! ». Ses dernières paroles seront « Merde, merde, et encore merde ! » et sa tête tombe… le silence règne et la foule se disperse. Neuf minutes. Il n’aura fallu que neuf minutes pour exécuter les 4 assassins. Deibler, se confie, presque en s’excusant : Il n’était pas possible d’aller plus vite… La bande à Pollet aura même droit à sa chanson :

Deibler à Béthune
vient d’exécuter
cette bande d’infortune
dite la bande à Pollet
gens de la campagne
tranquillisez vous
ils sont pas au bagne
on leur a coupé le cou

C’est ici que notre balade se termine, devant la prison de Béthune. Une balade hors du commun pour une affaire hors du commun. J’espère qu’elle vous aura captivé autant que moi… 


Sources : Essentiellement les journaux de l’époque : le Réveil du Nord, le Petit Journal, la Gazette de France, le Petit Parisien, l’Humanité et le Matin sur retronews.fr


Pour aller plus loin :

L’affaire Pollet : À l’origine des Brigades du Tigre

L’histoire vraie des brigades mobiles

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