D’Etienville : honnête bourgeois ou véritable escroc ?


Artois, révolution / mercredi, mars 21st, 2018

15 août 1785. La célèbre affaire du Collier de la Reine est sur le point d’éclabousser la réputation de Marie-Antoinette. Une escroquerie de grande ampleur qui, selon Napoléon, serait l’un des éléments déclencheurs de la révolution

Le Cardinal de Rohan, grand aumônier de France est arrêté dans la galerie des Glaces devant une cour médusée et fut embastilloné. Pourtant, il est, avec la reine, l’une des principales victimes de cette affaire.

Tout commence lorsque la Comtesse de la Motte avec l’aide de son mari le Comte de la Motte, Réteaux de la Villette son amant et d’autres complices mettent en place cette escroquerie. Leur but : faire croire au Cardinal que la Reine souhaite se rapprocher de lui secrètement. Homme à femmes, le Cardinal y croit. Elle souhaite par la même occasion s’offrir un collier de diamant de plus de 2800 carats – d’une valeur d’1 million 600 000 Livres – sans que le Roi soit au courant.

Le cardinal de Rohan (gallica.bnf.fr)

La Villette, qui a développé des talents de faussaires pendant sa carrière de petit brigand, imite l’écriture et la signature de la Reine dans des lettres enflammées à destination du Cardinal. C’est Madame de la Motte qui est chargée de lui faire parvenir. Une entrevue entre le cardinal et la reine est prévue dans le plus grand des secrets. Une prostituée – qui avait la réputation de lui ressembler – se fait passer pour la reine. Il n’en faut pas plus pour que le Cardinal croit en la sincérité de la Reine. Il finira par acheter le collier pour la reine. Reste à convaincre les Joailliers, qui s’avéra chose facile quand une lettre écrite de la main de la Reine stipule qu’il seront payés comme il se doit.

Tout est organisé pour que la Reine récupère donc le collier tant convoité. La Villette se fait passer pour un valet et prétend qu’il a la mission de le livrer à la reine. Voilà donc la Villette avec un collier dont la valeur et la pureté donnerait le tourni à n’importe quelle monarchie européenne. Et c’est sans retenue que nos escrocs démontent le collier tant bien que mal, parfois maladroitement et s’empresse de le vendre, quitte à brader les prix. C’est clairement le braquage parfait !

Le collier tant convoité (wikimedia)

Je vous renvoie sur le podcast de Franck Ferrand ICI 
ou sur la page WIKIPEDIA de cette affaire.
Toute l’affaire est détaillée si vous voulez en connaître davantage.


Bette d’Etienville entre en scène

Car celui qui nous intéresse dans cette affaire, est un artésien, un audomarois pour être précis. Je vous présente le Sieur Jean-Charles-Vincent de Bette d’Etienville.

Bourgeois en la ville de St Omer en Artois, fils d’ouvrier,  il est chirurgien à Lille où il y épouse une vieille demoiselle. D’Etienville serait une invention car, ni son père, ni sa mère n’ont possédés quelques bien que ce soit. Il décide de revenir avec son épouse à St-Omer où sa mère vit encore. Il habite une petite maison pendant environ 18 mois jusqu’à ce que D’Etienville ne supporte plus cette vie. Une dispute sur la vente de biens de la dame en serait l’origine. Il décide de placer son épouse dans un couvent et de la dilapider de sa petite fortune.

Plus tard il débarque à Paris où peu à peu, il tombe dans la misère et contracte des dettes et il sera emprisonné quelques temps. Un soir, il se rend au café des Valois au Palais Royal. Il fait la rencontre d’un certain Augeard. De confidences en confidences, d’Etienville avoue qu’il recherche un emploi. Augeard lui suggère alors que s'il lui faisait une confiance aveugle, il pouvait faire de lui un homme riche. D’Etienville ne réfléchi pas longtemps et accepte d’autant plus que la tâche à l’air simple : trouver un gentilhomme souhaitant épouser une riche demoiselle riche de 25 000 Livres de rente et protégée par un grand seigneur.  Augeard lui demande juste de ne rien demander d’autres et de trouver cet homme.

Il se met en quête mais c’est plus compliqué qu’il ne le pensait. Il désespère de ne pas trouver le prétendant idéal si bien qu’il exigera d’Augeard de connaître plus de détails sur cette demoiselle. Augeard lui promet de tout lui dévoiler le soir même. Ils se rendent donc chez la dame en question dans une voiture complètement fermé de manière à ce que d’Etienville n’ai aucun repère pour reconnaître l’endroit – même si il reconnu facilement l’endroit en question. C’est à ce moment-là que notre Artésien fait la connaissance de Madame de Courville. Elle lui confirme que tout est vrai et que son protecteur n’est autre que le Cardinal de Rohan. Tiens tiens…

Le Baron de Fages fait son apparition…

Finalement, d’Etienville fini par trouver le gentilhomme qui accepte d’épouser Madame De Courville. Il se rend chez Madame de Courville pour lui proposer le baron de Fages. À la bonne heure ! Toutes les parties sont d’accord et le mariage est fixé le 12 avril.

Lors de ce tête-à-tête, Madame de Courville lui montre des sublimes bijoux qu’elle s’était fait offrir par le Cardinal de Rohan. Dans son mémoire, d’Etienville dit : « Je n’ai jamais rien vu de si magnifique, tant pour l’éclat que pour la grosseur et comme mon étonnement était extraordinaire, elle me dit que ces diamants provenaient d’une rivière dont M. le Cardinal lui avait fait présent, mais que cette sorte de parure n’était plus de mode, elle était décidée à les réaliser avant son mariage… elle serait charmée si je voulusse accepter la commission d'aller les vendre en Hollande, mais je lui observai que je ne pouvais m’en charger, parce que je n’étais nullement connaisseur… ». Madame de Courville acquiesça…

Quant au baron de Fages, il prépare la venue de sa future épouse comme avec le plus grand soin. Il loue un bel appartement, achète des bijoux, engage des domestiques si bien qu’il s’endetta jusqu’au cou. Après tout, il recevra bientôt ses 25 000 Livres.

Le 11 avril soit la veille du mariage, d’Etienville rencontre un homme qui se dit être le cardinal de Rohan. Il fait savoir que le mariage ne peut avoir lieu avant le 15 juillet pour « régler des affaires de la plus haute importance ». Aïe ! D’Etienville se charge d’annoncer ce contre temps au baron, qui forcément n’apprécie guère. Pour apaiser ses craintes, Madame de Courville lui signa un dédit de 30 000 livres qu’il encaissera si le mariage ne devait pas avoir lieu. Mais peu avant le 15 juillet, le mariage est repoussé le 12 Août, avant d’être finalement programmé au 16 Août. Tous ces contre-temps ne présagent rien de bon.

Sauve-qui-peut

Lorsqu’un soir, d’Etienville croisa Augeard dans la rue. Paniqué et pressé, il ne peut lui demander plus d’explications. De Bette sent que quelque chose ne tourne pas rond et se rend directement chez Madame de Courville, qu’il trouve encore plus affolée.

" Elle doit quitter rapidement la France
car elle se retrouve impliqué
dans une drôle d’affaire…"


Sans explications, elle exige le dédit de 30 000 Livres promis au baron, d’Etienville refuse. Madame de Courville s’emporte et il finit par le lui rendre. Elle s’empresse de le déchirer et promet de la payer, quoi qu’il advienne. Dans un état de détresse absolue, elle lui avoua tout : elle doit quitter rapidement la France car, elle se retrouve impliqué dans une drôle d’affaire. Elle presse d’Etienville de la suivre jusque St-Omer où elle promet de lui remettre 30 000 Livres. Il accepte le marché et partent chacun de leur côté et dans un premier temps, se donne rendez-vous à Arras le 16 Août.

Ils se retrouvent donc à Arras et Madame de Courville lui annonce que le Cardinal de Rohan a été arrêté et emmené à la Bastille. Elle lui avoue aussi que les diamants qu’il a vu chez elle, provenaient du collier de la Reine… Vous me suivez ? D’Etienville qui s’engage dans une petite arnaque facile de dot est finalement impliqué – malgré lui ? – dans l’affaire la plus incroyable et rocambolesque de l’ancien régime ! Incroyable… Elle supplie d’Etienville de ne pas l’abandonner de se rendre avec elle à St Omer pour fuir. Abasourdi, d’Etienville accepte encore. Séparément, ils repartent : direction St Omer. Soudain, Madame de Courville fait demi-tour et rentre à Paris. Une énième tromperie de Madame… de la Comtesse de la Motte. Et oui, madame de Courville n’est autre que la fameuse Comtesse de la Motte. De ce jour, d’Etienville ne la revit jamais.

Bizarrement, il l’attend quelques jours à St Omer. En vain… Il se rend à Dunkerque en pensant la croiser. Après tout, si elle devait fuir en Angleterre, elle doit absolument se rendre par là. Une fois de plus, en vain. Entre temps, le Baron de Fages – qui n’avait aucune nouvelle d’Etienville – le dénonça. Il sera arrêté à Dunkerque et incarcéré au châtelet. 

Jean de Bette d'Etienville conduit au Chatelêt (gallica.bnf.fr)

Le Cardinal de Rohan sera innocenté en mai 1786, et ce, malgré l’intervention d’Etienville qui, rappelez-vous, avait rencontré le cardinal au détour d’une rue pour lui annoncer le report du mariage Sauf qu’évidemment ce n’était pas lui. La Comtesse de la Motte est condamnée à la perpétuité et marquée au fer rouge de la lettre V. Son mari est condamné aux galères et Réteaux de la Villette, est banni de France.

La fameuse Comtesse de la Motte (gallica.bnf.fr)

Le petit journal, daté du 19 septembre 1863, relatait cette affaire dans une série de petits articles. On peut lire en page 3 : « C'est ce que l'on appelle l'incident de Bette d'Etienville. Ce Bette d'Etienville était un chirurgien, chevalier d'industrie qui se mêla au procès, payé par tous les intéressés et qui embarrassa pendant quelque temps la justice par des révélations assez bien imaginées, mais entièrement fausses… ».

Alors, notre Bette d’Etienville était-il assez crédule pour croire des inconnus ? Sa naïveté lui aurait il fait faire n’importe quoi ? Était-il simplement tomber amoureux ? Ou savait-il exactement ce qu’il faisait et qu’il fut l’un des cerveaux de cette affaire ? Toujours est-il que le 23 janvier 1789 il sera innocenté par le parlement, qui préfère croire en l’honnêteté et la naïveté de l’Audomarrois.
Cette histoire est bien plus compliquée qu’il n’y parait. Le parlement voyait dans ce scandale, la possibilité de prendre sa revanche sur la royauté.

"L’honnête bourgeois" sera arrêté en 1792, 93 et 94 où il se trouva une âme d’écrivain. Il publia ses mémoires ainsi que quelques romans. Il meurt en 1830 sans avoir trouvé la fortune…

Et vous, quel est votre avis ?



Article rédigé grâce aux sources de retronews.fr


J’espère que ce premier article vous a plu. Si c’est le cas, n’hésitez surtout pas à le partager… Merci !

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