15 août 1785 : la célèbre affaire du Collier de la Reine est sur le point d’éclabousser la réputation de Marie-Antoinette. Une escroquerie de grande ampleur qui, selon Napoléon, serait l’un des éléments déclencheurs de la révolution. Le Cardinal de Rohan, grand aumônier du Royaume de France est arrêté dans la galerie des Glaces devant une cour médusée et fut emprisonné. Pourtant, il est, avec la reine, l’une des principales victimes de cette affaire de la plus retentissante de l’histoire de France.

Le collier de la Reine

L’histoire du collier de la Reine commence lorsque la Comtesse de la Motte avec l’aide de son mari et de Réteaux de la Villette son amant mettent en place cette escroquerie. Leur but : faire croire au Cardinal que la Reine souhaite se rapprocher de lui secrètement. Homme à femmes, le Cardinal y croit dur comme fer. Ils lui font croire que la reine souhaite s’offrir un collier de diamant d’une valeur de 1 million 600 000 Livres sans que le Roi soit au courant.

La Villette, qui a développé des talents de faussaires imite l’écriture et la signature de la Reine dans des lettres d’amour à destination du Cardinal. C’est Madame de la Motte qui est chargée de lui faire parvenir. Une entrevue entre le cardinal et la reine est prévue dans le plus grand des secrets. Mais c’est une prostituée – qui avait la réputation de lui ressembler – qui se fait passer pour la reine lors de ce rendez-vous. Il n’en faut pas plus pour que le Cardinal croie en la sincérité de la Reine. Il ne reste qu’à convaincre les joailliers, ce qui s’avéra chose facile quand une lettre écrite de la main de la Reine stipule qu’ils seront payés comme il se doit.

Tout est organisé pour que la Reine récupère donc le collier tant convoité. La Villette se fait passer pour un valet et prétend qu’il a la mission de le livrer à la reine. Le Voilà donc avec le collier de la Reine dont la valeur et la pureté donneraient le tournis à n’importe quelle monarchie européenne. Et c’est sans retenue que nos escrocs démontent le collier tant bien que mal, parfois maladroitement et s’empresse de le vendre, quitte à brader les prix. C’est clairement le braquage parfait !

Le collier de la Reine et Marie-Antoinette
Le célèbre collier de la Reine et Marie-Antoinette

Franck Ferrand

Je vous renvoie sur le podcast de Franck Ferrand, Au Cœur de l'Histoire Toute l’affaire est détaillée si vous voulez en connaître davantage.

Bette d’Etienville entre en scène

Car celui qui nous intéresse dans cette affaire est un Artésien. Un audomarois plus précisément. Je vous présente le Sieur Jean-Charles-Vincent de Bette d’Etienville.

Natif de Saint-Omer, il est chirurgien à Lille où il y épouse une vieille demoiselle. Le nom D’Etienville serait une invention, car ni son père ni sa mère n’ont possédé quelques biens que ce soit. Il décide de revenir avec son épouse à Saint-Omer où sa mère vit encore. Il y habite une petite maison pendant plusieurs mois jusqu’à ce qu’il ne supporte plus cette vie. Une dispute sur la vente de biens de la dame en serait l’origine. Il décide de la placer dans un couvent et de dilapider sa petite fortune.

Plus tard, il débarque à Paris où peu à peu, il tombe dans la misère et contracte des dettes. Il sera même emprisonné quelque temps. Un soir, il se rend au café des Valois au Palais Royal. Il fait la rencontre d’un certain Augeard. De confidences en confidences, d’Etienville avoue qu’il recherche un emploi. Augeard lui suggère alors que s’il lui faisait une confiance aveugle, il pouvait faire de lui un homme riche. Méfiant puis intrigué, d’Etienville ne réfléchit pas longtemps et accepte volontiers. D’ailleurs, ça à l’air plutôt facile : trouver un gentilhomme souhaitant épouser une riche demoiselle riche de 25 000 Livres de rente.  Augeard lui demande juste de ne rien demander d’autre et de trouver cet homme.

Estampes de Bette d'Etienville
Estampe de Bette d'Etienville

Le Baron de Fages fait son apparition…

Il se met en quête et finalement, c’est plus compliqué que prévu. Il se désespère de ne pas trouver le prétendant idéal si bien qu’il exigera d’Augeard de connaître plus de détails sur cette demoiselle.

Les deux hommes se rendent donc chez cette dame. C’est à ce moment-là que notre Artésien fait la connaissance de Madame de Courville. Elle lui confirme que tout est vrai et que son protecteur n’est autre que le Cardinal de Rohan. Tiens tiens…

Finalement, d’Etienville fini par trouver le gentilhomme qui accepte d’épouser Madame de Courville. Il se rend chez Madame de Courville pour lui proposer le baron de Fages. À la bonne heure ! Tout ce petit monde se met d’accord et la date du mariage fixé au 12 avril. Lors de ce tête-à-tête, Madame de Courville lui montre de sublimes bijoux qu’elle s’était fait offrir par le Cardinal de Rohan. Dans son mémoire, d’Etienville dit : « Je n’ai jamais rien vu de si magnifique, tant pour l’éclat que pour la grosseur et comme mon étonnement était extraordinaire, elle me dit que ces diamants provenaient d’une rivière dont M. le Cardinal lui avait fait présent, mais que cette sorte de parure n’était plus de mode, elle était décidée à les réaliser avant son mariage… elle serait charmée si je voulus accepter la commission d’aller les vendre en Hollande, mais je lui observai que je ne pouvais m’en charger, parce que je n’étais nullement connaisseur… ». 

Quant au baron de Fages, il prépare la venue de sa future épouse : il loue un bel appartement, achète des bijoux, engage des domestiques si bien qu’il s’endetta jusqu’au cou. Après tout, il recevra bientôt ses 25 000 Livres.

La Comtesse de la Motte

Sauve-qui-peut

La veille du mariage, d’Etienville rencontre un homme qui se dit être le cardinal de Rohan. Il fait savoir que le mariage ne peut avoir lieu avant le 15 juillet pour « régler des affaires de la plus haute importance ». Aïe ! D’Etienville annonce ce contre temps au baron. Il sent l’entourloupe et pour apaiser ses craintes, Madame de Courville lui signa un dédit de 30 000 livres qu’il encaissera si le mariage ne devait pas avoir lieu. Mais peu avant le 15 juillet, le mariage est repoussé au 12 août, avant d’être finalement programmé au 16 août. Tous ces contretemps ne présagent rien de bon.

Un soir, d’Etienville croise dans la rue un Augeard paniqué. Il sent que quelque chose ne tourne pas rond et préfère se rendre directement chez Madame de Courville, qu’il trouve encore plus affolée.

Sans explications, elle réclame le dédit de 30 000 Livres promis au baron, mais d’Etienville refuse. La dame est à la limite de la crise d’hystérie, alors d’Etienville fini par lui rendre. Elle s’empresse de le déchirer et promet de le payer, quoi qu’il advienne. Elle lui dit qu’elle doit quitter rapidement la France, car, elle se retrouve impliquée dans une drôle d’affaire. Elle presse d’Etienville de la suivre jusque Saint-Omer où elle promet de lui remettre 30 000 Livres. Il accepte et les deux comparses décident de se séparer pour se rejoindre à Arras le 16 août dans un premier temps.

Le double-jeu de Madame de Courville

Le jour du rendez-vous, Madame de Courville lui annonce que le Cardinal de Rohan a été arrêté et emmené à la Bastille. Elle lui avoue aussi que les diamants qu’il a vus chez elle provenaient du collier de la Reine… Comment était-elle en possession du collier ? Nous allons bientôt le savoir, encore un peu de patience…

D’Etienville qui s’était engagé dans une petite arnaque facile serait-il finalement impliqué – malgré lui – dans l’affaire la plus rocambolesque de royaume de France ? Elle supplie d’Etienville de ne pas l’abandonner de se rendre avec elle à Saint-Omer pour fuir. Abasourdi, mais aussi pour l’appât du gain, d’Etienville accepte une nouvelle fois. Ils prennent la route de Saint-Omer séparément.

Sur la route, Madame de Courville fait demi-tour pour rentrer à Paris. C’est une énième tromperie de Madame de Courville de la Comtesse de la Motte. Eh oui, madame de Courville n’est autre que la fameuse Comtesse de la Motte. De ce jour, d’Etienville et la Comtesse ne se croiseront plus jamais.

D’Etienville qui n’est pas encore au courant du revirement de « Madame de Courville » arrive à Saint-Omer et l’attend quelques jours. Lassé, il se rend à Dunkerque en pensant la croiser. Après tout, si elle devait fuir en Angleterre, elle doit absolument se rendre par là. Entre temps, le Baron de Fages – qui n’avait aucune nouvelle d’Etienville – le dénonça. Il sera arrêté à Dunkerque puis incarcéré au châtelet.

La perpétuité pour la Comtesse de la Motte

En mai 1786, le Cardinal de Rohan sera tout de même innocenté, mais devra rembourser le prix du collier ainsi que les intérêts. Il est déchu de son poste de grand aumônier de France et exilé à l’abbaye de La Chaise-Dieu. La Comtesse de la Motte est condamnée à la perpétuité et marquée au fer rouge de la lettre V pour Voleuse. Elle fut condamnée à être enfermée à perpétuité à la maison de correction de La Salpêtrière. Son mari est condamné aux galères et Réteaux de la Villette, est banni de France. 

Le petit journal, daté du 19 septembre 1863, relatait cette affaire dans une série de petits articles. On peut lire en page 3 : « C’est ce que l’on appelle l’incident de Bette d’Etienville. Ce Bette d’Etienville était un chirurgien, chevalier d’industrie qui se mêla au procès, payé par tous les intéressés et qui embarrassa pendant quelque temps la justice par des révélations assez bien imaginées, mais entièrement fausses… »

La Comtesse de la Motte s'évade de prison
La Comtesse de la Motte s'évade de prison

Alors, notre Bette d’Etienville était-il assez crédule pour croire des inconnus ? Sa naïveté lui aurait-il fait faire n’importe quoi ? Était-il simplement tombé amoureux ? Ou savait-il exactement ce qu’il faisait et qu’il fut l’un des cerveaux de cette affaire ? Toujours est-il que le 23 janvier 1789 il sera innocenté par le parlement, qui préfère croire en l’honnêteté et la naïveté de l’Audomarrois.

« L’honnête bourgeois » sera arrêté en 1792, 1793 et 1794 où il se trouva une âme d’écrivain. Il publia ses mémoires ainsi que quelques romans. Il meurt en 1830 sans avoir trouvé la fortune…

Si cet article vous a plu,
ne le gardez pas que pour vous.
Partagez-le ! 😉

merci de partager ! 😉