Cette balade nous emmène en 1846 dans la France où le transport de voyageurs n’en est que ses débuts. D’ailleurs, Le premier voyage a été inauguré il y a 11 ans seulement. Nous sommes aussi sur la fin de la Monarchie de Juillet et Louis-Philippe ne résistera pas longtemps à la pression de la Révolution Française. Il abdiquera dans quelques semaines pour laisser la place à la IIè république. 

Parlons plutôt d’une autre révolution, celle des chemins de fer. Les 14 et 15  juin 1846, la ligne des chemins de fer du Nord est inaugurée. Pour l’occasion, un train part de Paris avec à son bord les fils du Roi des Français Louis-Philippe, le Duc de Nemours et le Duc de Montpensier. Le trajet se fait en deux jours. Le 14 entre Paris et Lille puis le 15, de Lille pour rejoindre Bruxelles. Le voyage est un véritable succès et annonce alors une réelle transformation dans la façon de voyager. 

Gravure représentant Inauguration chemins de fer du nord
Gravure représentant Inauguration chemins de fer du nord entre Paris et Bruxelles.

Tout va bien jusqu’à Arras…

Pourtant en ce 8 juillet 1846, c’est une toute autre histoire qui va s’écrire. C’est une belle journée ensoleillée qui s’annonce. Il est 7h du matin lorsqu’un train quitte Paris pour Bruxelles. Deux locomotives tractent les 26 wagons dont plusieurs contiennent les bagages et d’autres des marchandises. Les voyageurs sont dans les autres wagons de première, 2ème et 3ème classes. Au total, plus de 220 passagers vont faire le voyage dont plusieurs illustres personnages comme la Princesse de Ligne ou encore le Général Oudinot. 

Le train part à l’heure et arrive sans problème à Arras vers les 14h. Après un arrêt, il quitte la gare vers les 14h45 lorsqu’il arrive entre Rœux et Fampoux. C’est vers les 15h qu’un des wagons de bagages déraille subitement. Au moment de franchir un remblai dans une tourbière remplie d’eau et profonde d’environ trois mètres, il entraine avec lui, treize wagons dont huit qui ont été littéralement brisés ! 

Il faut s’imaginer la scène d’horreur. Il y a d’abord le bruit de l’acier qui se fracasse, se tord. Puis le bois des wagons qui se cassent, s’amasse les uns contre et les autres. 

Et surtout les cris d’effroi, de paniques et de peurs. 

« Sauvez-moi ! Pour l’amour de mes enfants » hurle Mme Robinet. 

«  Attendez-moi ! » crie un brave garçon, blessé au bras qui vient pour la sauver en retirant de son bras un éclat de bois. 

Schéma du dessus de la catastrophe de Fampoux

Les héros volent au secours des voyageurs

Il y a aussi l’histoire de M. Lestiboudois qui était enfermée dans une des voitures submergées et brisa les vitres à coups de poing. Il a été sauvé in extremis des eaux boueuses les mains ensanglantées. Quelques instants plus tard, on le vit ici et là porté secours aux personnes qui pouvait encore l’être.

Ou encore M. Bouchain qui voyageait avec sa fille. Il remarque qu’en partant d’Arras, le train roule vite… très vite. Quelques instants plus tard, il se trouvait dans le marais dans un des wagons submergés. Il cherchait alors sa fille. 

– « Oh mon Dieu ! Ou est ma fille ? » cria-t-il. 

Il voit alors son châle flottant. Il plonge pour la remonter mais n’avait plus la force de remonter. Ils doivent son salut à des Fampolois venus en barque pour les secourir. 

La vision de cette scène est terrible. Des voitures sont submergées, des morceaux de bois , des vêtements, des chapeaux et les cadavres flottent dans le marais. Très vite, ceux qui ont pu s’échapper gagnent les berges du marais à la nage. Tandis que d’autres plongent à plusieurs reprises dans le marais sans hésiter pour sauver le plus de personnes possible dont des enfants.

Tous, n’ont pas eu cette chance. Une femme grièvement blessée voyageant avec ses deux fils en perdu un au moment de l’accident. L’autre en est sorti indemne et a été accueilli par les habitants. Les Fampolois et les médecins se signalent aussi par leur courage et leur héroïsme. 

Gravure représentant la catastrophe de Fampoux
Gravure représentant la catastrophe de Fampoux

Après la stupeur vient l'organisation

Très vite, M. Le Préfet du Pas-de-Calais ordonne les secours. Des gendarmes, des hussards en garnison à Arras

et des soldats du génie pour tenter de relever les wagons. Les blessés ont été immédiatement pris en charge 

Après l’effroi, c’est l’heure du bilan. Des rumeurs ont circulé dans les journaux d’époque où l’on dénombrait plusieurs dizaines de morts. Voire une centaine. Officiellement il y aurait eu 14 morts et des dizaines de blessées dont dix grièvement. 

Gravure représentant la maison ou sont accueillit les blessés de Fampoux

Les causes de l'accident

Cela est compliqué d’affirmer avec exactitude les causes de ce terrible accident. D’emblée, c’est l’état du terrain qui mit en cause. D’après certains témoignages, des vibrations se faisaient sentir à cet endroit à chaque passage d’un train. On parle aussi du passage à niveau qui présentait quelques déformations de rails.

La vitesse est aussi entrée en ligne de compte qui était d’environ 45 km/h au lieu des 24 réglementaires. Les mécaniciens ont senti une première secousse en arrivant à Fampoux. Ils ont arrêté le train puis sont repartis, et c’est à la seconde secousse – une plus grosse – que le train a déraillé et que les wagons tombaient dans le marais. 

Le Maire de Rœux, M. Leroux de l’époque disait : 

–  « J’étais à 6 ou 700 mètres du convoi, lorsque je le vis venir. La vitesse ne m’a pas paru extraordinaire. J’ai vu déboucher le train sur une longueur de 150 mètres. Je l’ai suivi de l’œil jusqu’à la tranchée, mais un groupe d’arbres me l’a masqué; ce n’est qu’alors que j’ai vu une solution de continuité. J’ai entendu un immense craquement, une émission de voix confuses. ».

Laissons la dernière parole à un des conducteurs, M. Hocq : 

– «  J’ai senti un frottement à deux ou trois cents mètres de l’endroit, j’ai regardé en arrière et j’ai vu le déraillement. J’ai entendu comme un gros coup de fusil. Aussitôt, j’ai vu la barre d’attache rompue, Ies voitures ont descendu, je suis tombé (…) J’avais d’abord serré le frein, mais nos freins se desserrent d’eux-mêmes. »

Finalement, un ingénieur, un inspecteur et les mécaniciens des locomotives sont poursuivis devant le tribunal correctionnel de Lille. Ils sont acquittés. 

Sur appel du Ministère Public, la Cour Royale condamne l’ingénieur et un des mécaniciens à 15 jours de prison. 

Le remblai fut ensuite remplacé par un pont. J’ai trouvé sur le site très documenté : inventaires-ferroviaires.fr des photos de première guerre mondiale de ce pont détruit puis reconstruit à l’endroit du remblai.

L’emplacement où l’accident a eu avoir lieu.

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